« Nous sommes en train de bâtir la démocratie » : le long chemin vers la paix au Guatemala

Nouvelles :

Imprimer cette page

La guerre civile au Guatemala a pris fin il y a près de 30 ans, mais des femmes comme Carmen Jimenez Ortiz (à droite) attendent toujours que la paix leur soit rendue. Crédit: ROMI

La construction de la paix et de la démocratie se poursuit longtemps après la fin des conflits.

Pour les femmes d’Ixcán, au Guatemala, une municipalité isolée à majorité maya, bâtir en temps de paix une démocratie au service de tous et de toutes va de pair avec plaider pour leurs droits. 

Si l’accord de paix de 1996 a mis fin à une guerre civile de 36 ans au Guatemala, il ne profite pas à tout le monde et il reste bien des obstacles à la paix et la démocratie inclusive. Il reste une dette à payer aux femmes d’Ixcán, dont beaucoup ont été au cœur du processus d’édification de la paix. Les institutions démocratiques ont presque abandonné les collectivités rurales comme la leur, et le manque de services touche particulièrement les femmes, ce qui les expose à l’inégalité et la violence. 

Carmen Jimenez Ortiz résiste. Elle est membre de l’Asociación Red de Organizaciones del Ixcán (ROMI), homologue d’Inter Pares, un réseau de plus de 200 organisations populaires de femmes d’Ixcán. ROMI soutient les femmes aux prises avec la violence sexuelle et la violence fondée sur le genre. L’organisation appuie également la participation accrue des femmes à la prise de décision et à la défense de leur territoire. 

« C’est comme ça que nous sommes en train de bâtir la démocratie », déclare Carmen.

Comme plusieurs membres de ROMI, Carmen a été contrainte de fuir ses terres à Ixcán pendant la guerre civile, lorsque l'armée les a occupées et a commencé à kidnapper, torturer et tuer les campesinos (fermier-ère-s autochtones ou paysan-ne-s) qui luttaient pour une redistribution équitable des terres.

Déterminées à résister, des collectivités entières – dont celle de Carmen – se sont réfugiées dans la jungle, où elles ont donné du fil à retordre à l’armée. Carmen y est restée sept ans avec son mari et ses enfants. C’est seulement après être tombée malade que Carmen s’est réfugiée au Mexique. 

Carmen est revenue à Ixcán en 1993, dans le cadre d’un retour collectif coordonné par les réfugié-e-s, réalisé avec l’aide de groupes de femmes qui allaient par la suite former ROMI.

Même si elle vit dans un pays d’après-guerre doté d’institutions « démocratiques », Carmen sent encore que sa participation en tant que femme n’est pas la bienvenue. Elle ne peut pas jouir de la paix qu’elle a contribué à bâtir au péril de sa vie. Après avoir survécu aux combats, aux bombes, aux massacres et à un retour au pays éprouvant, les femmes d'Ixcán continuent d'être victimes de violences.

Mais grâce à la base donatrice d’Inter Pares, nous avons les moyens d’appuyer le travail de femmes engagées comme Carmen, qui exigent que la démocratie guatémaltèque profite à tous et à toutes.

« Nous ne lâchons pas parce qu’il n’est pas question de renoncer à nos droits », assure Carmen.

Nous ne lâchons pas parce qu’il n’est pas question de renoncer à nos droits.

En savoir plus

Faire un commentaire

backdrop