Ah Lay et l'histoire de Thra Thoo Lei
Villages karen incendiés par les troupes du SPDC. Photo fournie par le KHRG (Karen Human Rights Group).
Ah Lay est un fermier âgé de trente ans qui vivait et travaillait avec sa femme, Mu Ray, dans l’État Karen. La région est souvent la cible d’offensives militaires, ce qui les forçait à déménager souvent. Les douze villages de la région ont tous été incendiés par le SPDC à un moment ou l’autre au cours des dernières années. Puisqu’il faut fuir à tout bout de champ, le village d’Ah Lay doit trouver une terre où cultiver le riz, la noix de bétel et les fruits chaque saison des semailles.
Un jour, alors qu’Ah Lay et une douzaine de voisins sont à une heure de marche de chez eux, à la recherche d’une terre de culture, Ah Lay marche sur une mine terrestre et se blesse gravement au pied droit.
Selon le rapport de la BPHWT, Chronic Emergency, près de 33 % des ménages ont été victimes de travail forcé, près de 10 % de déplacement forcé et 25 % ont vu leurs réserves de nourriture confisquées ou détruites par le SPDC. Photo fournie par le KHRG.
Dans la région, les villageois ont l’habitude des mines terrestres que le SPDC a semées un peu partout au fil des ans. Dès que quelqu’un entend l’écho d’une explosion, tous accourent pour savoir où l’incident s’est produit et qui a été blessé. Ceux qui possèdent des talkies-walkies relaient de l’information. Cela permet aux travailleurs de la santé de la région d’être avertis assez rapidement. Malheureusement, ce mode de communication pratique est aussi accessible au SPDC, qui peut intercepter les messages et les écouter.
Les hamacs ou les sarongs sont souvent utilisés comme civières de fortune. Photo fournie par le KHRG
Des amis d’Ah Lay avaient suivi les cours de santé de base de la BPHWT. Ils lui bandent donc la cheville et l’installent sur une civière de fortune en bambou. Puis ils partent à la rencontre de Thra Thoo Lei, un travailleur de la santé qui se hâte vers eux. À mi-chemin, un guérisseur traditionnel stoppe l’hémorragie avec un emplâtre de tabac et de chaux. Ils poursuivent leur chemin vers l’auxiliaire médical, utilisant le talkie-walkie pour trouver un passage et un lieu de rencontre sûrs.
À 19 h, environ six heures après qu’Ah Lay eut marché sur la mine terrestre, le groupe rejoint Thra Thoo Lei. Ah Lay s’est évanoui entretemps. Thra installe une intraveineuse pour prévenir l’état de choc, il stoppe complètement l’hémorragie et nettoie la blessure de son mieux. Il opère une fasciotomie (une procédure visant à sauver le membre en cas d’œdème grave). Quand Ah Lay revient à lui, Thra a pu lui donner une dose massive d’antibiotiques, ainsi que des instructions et le matériel requis pour changer le pansement deux fois par jour.
Les troupes du SPDC brûlent régulièrement des villages entiers. Photo fournie par la BPHWT.
La nouvelle de l’accident d’Ah Lay parvient jusqu’à sa femme, Mu Ray, alors enceinte de sept mois. Elle tombe en état de choc, puis fait une crise d’éclampsie (des convulsions qui lui font perdre conscience) et accouche prématurément. Un autre travailleur de la santé l’aide à accoucher, mais le bébé vient au monde avec la paralysie cérébrale en raison d’un manque d’oxygène à la naissance.
Il faut plusieurs jours avant que le couple puisse être réuni, vu la proximité de l’offensive militaire. Tard le premier soir, il faut transporter Ah Lay dans un autre village, puis le déménager encore au bout de deux jours. Malgré des soins attentifs, la plaie s’infecte gravement et Thra Thoo Lei constate vite que l’amputation est inévitable. Six jours après l’accident, on déménage Ah Lay une troisième fois. Son état est maintenant assez stable et l’endroit assez sûr pour opérer, mais Ah Lay est bouleversé à l’idée de perdre sa jambe. Malgré la recommandation formelle de Thra d’amputer au-dessus du genou, Ah Lay insiste pour qu’on coupe juste sous le genou.
Les travailleuses et travailleurs de la santé de la BPHWT desservent leur propre communauté et plusieurs villages avoisinants qui vivent souvent cachés des troupes du SPDC. Photo fournie par la BPHWT.
Ee Thu Hta et sa communauté voisine Oo Kwe Hta ont été établies en tant que communautés « temporaires » en 2006 et 2007. Les camps continuent de grandir puisque les résidents ne peuvent toujours pas retourner en sécurité à leur foyer. Photo fournie par le KHRG.
Enfin, Ah Lay peut revoir sa femme et faire la connaissance de sa petite fille. Thra fait des visites régulières pour nettoyer la plaie et offrir de la physiothérapie à Ah Lay. Comme l’amputation n’a pas éliminé toute l’infection, la plaie met deux mois à guérir. Le tissu sain se développe à peine quand éclate une offensive militaire majeure dans la région. La famille doit fuir à nouveau et se rend cette fois jusqu’à la frontière thaïlandaise.
La famille arrive à Ee Thu Hta, un camp temporaire en bordure de la rivière Salween, sur le côté birman de la frontière avec la Thaïlande. Il y a dans ce camp près de 4000 personnes déplacées, empêchées par l’armée thaïlandaise de se réfugier en Thaïlande. La BPHWT y fait des visites régulières et des membres de l’équipe emmènent Ah Lay à Mae Sot afin qu’il reçoive des soins à la clinique de Mae Tao.
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La Clinique de Mae Tao est un centre de soins de santé et de formation, mise sur pied pour offrir et promouvoir des soins de santé de qualité aux populations birmanes déplacées et aux membres d’ethnies minoritaires dans la zone frontalière entre la Thaïlande et la Birmanie.
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À la clinique, on installe une prothèse à Ah Lay. Au cours des trois mois qui suivent, il reçoit des services de physiothérapie et réapprend à marcher.
En 2007, 11 975 personnes ont participé à des ateliers villageois de santé organisée par la BPHWT. Photo fournie par la BPHWT.
Pendant ce temps là, la femme d’Ah Lay s’initie aux soins de santé de base. Elle récupère, recouvre la santé et s’inscrit à une formation de la BPHWT. Quand Ah Lay revient auprès de sa femme et de sa fille, Mu Ray enseigne à l’école primaire temporaire d’Ee Thu Hta et elle est bénévole en santé au village. Même si la vie n’est toujours pas sûre ni sécuritaire, la famille est reconnaissante des services de santé prodigués et des compétences d’importance vitale que la BPHWT lui a transmises, ainsi qu’à toute la communauté.
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