Le prix de l'or
Des collectivités s'unissent pour défendre leurs droits
« Ici, on voit l'impact d'une balle » nous montre un dirigeant local. Le matin du 15 juin 2005, on a voulu étouffer le mouvement de protestation populaire. 100 soldats ont reçu l'ordre de courir en file indienne dans les rues de Prestea, avec leurs armes, en scandant « Quand on veut mourir, on se fait tuer. » Ils sont de l'armée ghanéenne, mais c'est la mine qui paie leurs frais de séjour à Prestea - y compris le logement et la solde.
La population n'a pas eu peur - cela a plutôt attisé sa colère. Six mille personnes sont descendues dans la rue, et sept ont été blessées par les forces de sécurité. On nous dit que malgré plusieurs appels, personne au gouvernement n'a fait enquête sur l'incident. Depuis, la Concerned Citizens Association de Prestea reste à l'affût des tensions. Avec l'aide de TWN-Africa, l'association espère amorcer un dialogue constructif avec la société minière et les autorités locales afin de s'entendre sur une compensation équitable pour les habitantes et les habitants de Prestea.
Nous quittons Prestea pour nous rendre à Kenyasi afin de rencontrer un autre groupe citoyen, les Guards of the Earth and the Vulnerable (Gardiens de la terre et des personnes vulnérables). Dans cette ville, c'est une nouvelle mine d'or à ciel ouvert qui inquiète la population - à cause d'elle, des centaines de familles agricoles ont dû quitter leurs terres. Une fois le brouillard de l'aube dissipé, nous visitons l'un des sites de réinstallation créé par l'entreprise minière. Nous sommes frappés par l'allure du quartier - on se croirait dans une banlieue coquette avec ses petites maisons colorées et ses pelouses soignées. Les gens qui vivent ici nous dépeignent cependant un tableau bien différent. L'un d'eux explique :
[La compagnie] nous a promis des terres agricoles, mais il n'y en a pas dans la zone de réinstallation. La petite somme qu'on nous a versée pour nous installer est maintenant épuisée. Les gens qui vivent ici ont demandé [à la compagnie] une distribution mensuelle de riz pour les familles. Il y a des mois de cela et nous attendons toujours une réponse. Il commence à y avoir des vols ici. On arrache le manioc, on vole les bananes plantain. Les gens ont faim et il n'y a rien à manger.
On a déplacé les familles dont la ferme était située dans la concession minière. Au Ghana, les familles agricoles comptent plusieurs membres - souvent huit à dix - et les fermes ont en moyenne 15 à 20 acres de terres. Ces familles étaient autosuffisantes et la ferme permettait de nourrir tout le monde, en plus de fournir les matériaux nécessaires pour bâtir la maison et l'entretenir. On les a installées sur des terrains minuscules - souvent moins d'un quart d'acre - juste assez grands pour un petit potager, sans autre moyen de subsistance. La petite somme versée pour la relocalisation a vite été engloutie dans les services essentiels - eau et électricité - et les matériaux pour réparer la maison.
Réunis dans le bureau des Guards of the Earth and the Vulnerable, nous écoutons les témoignages de la cinquantaine de personnes venues raconter leur histoire.
Nous avons fondé l'association parce que nous savions qu'il y aurait des problèmes entre les agriculteurs et la compagnie. Il fallait s'organiser pour éviter que l'environnement soit détruit. Nous voulions aussi protéger les personnes vulnérables. Les gens ne connaissaient pas grand-chose à l'exploitation minière et nous voulions qu'ils voient ce qui est arrivé à Obuasi et à Tarkwa [d'autres zones minières au Ghana] pour constater eux-mêmes l'impact de l'exploitation minière. Nous voulions aussi éviter de nous faire dépouiller de nos fermes et mettre les gens au courant de leurs droits.
Comme l'exploitation minière est assez récente dans la région, plusieurs n'ont pas réalisé à quel point le fait de céder leur terre à la société minière pouvait ébranler leurs moyens de subsistance. TWN-Africa a organisé pour la population de Kenyasi une visite exploratoire dans d'autres régions touchées par l'extraction. Le groupe est allé discuter avec la population de Tarkwa, une ville dévastée par les mines à ciel ouvert, pour mieux saisir l'impact du développement minier. On a tenu des ateliers avec d'autres organismes communautaires qui résistent à l'exploitation minière et exigent une compensation équitable. C'est cette visite qui a convaincu les habitantes et les habitants de Kenyasi de s'organiser.
En écoutant les familles raconter leurs luttes, on ne peut qu'admirer leur courage. Chacune de leur côté, les collectivités ont du mal à résister au pouvoir des grandes sociétés. C'est pourquoi TWN-Africa aide les groupes communautaires à tisser des liens et à lutter ensemble au sein d'un vaste réseau panafricain, l'Africa Initiative on Mining Environment and Society (AIMES). Couvrant plusieurs pays d'Afrique, ce projet réunit des centaines de groupes communautaires. Il soutient le travail d'organisation et de plaidoyer et fournit des ressources juridiques pour défendre les collectivités et renforcer leurs capacités. Citant le cas de Ken Saro-Wiwa, Dram explique comment c'est la collectivité elle-même, plutôt qu'une ONG étrangère, qui a forcé Shell à se retirer du territoire Ogoni au Nigeria : « C'est la collectivité qui est la pierre angulaire. »
Il est tout aussi important de faire le lien entre la lutte des collectivités touchées par l'exploitation minière dans le Sud et l'élaboration des politiques dans le Nord. Dans le cadre de son travail avec des organismes tels que Mines Alerte Canada, l'Entraide missionnaire et GRAMA, Inter Pares aide ces collectivités à se faire entendre au Canada, incite la population à questionner l'appui accordé par le gouvernement canadien à des pratiques minières douteuses à l'étranger et propose des orientations politiques concrètes qui favorisent la responsabilité et la reddition de compte dans le secteur minier, au Canada et ailleurs dans le monde.
Liens vers d'autres travaux d'Inter Pares à ce sujet :
- Contrôle des ressources
- Profil d'Abdulai Darimani, du TWN-Africa
- Investissement éthique et Régime de pensions du Canada
Pour plus d'information et pour passer à l'action :
Le Réseau canadien sur la reddition de comptes des entreprises
Site Internet du gouvernement portant sur les Tables rondes nationales 2006 sur la responsabilité sociale des entreprises et le secteur canadien de l'extraction minière dans les pays en développement
14e rapport du Comité permanent des affaires étrangères et du commerce international
TWN-Africa
Mines Alerte Canada
Groupe de recherche sur les activités minières en Afrique (GRAMA)
No Dirty Gold Campaign- Pour appuyer Inter Pares
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