Liberté de circulation et communautés captives en Colombie
Les femmes face à la peur et à la violence
Faire régner la peur est l'un des moyens les plus efficaces pour exercer son emprise sur la société. Les guérilleros, les paramilitaires et les forces armées ont tous établis des « codes de conduite » régissant tous les aspects de la vie de la population. Il y a des couvre-feux. On dit aux gens comment se vêtir et se couper les cheveux. Des assassinats sélectifs donnent en exemple les comportements à ne pas suivre. La menace du recours à la violence permet de maintenir la population sous tutelle.
Ici, les gens ont très peur de raconter ce qui se passe parce qu'ils savent qu'ils feront les frais de leur indiscrétion. Je pourrais vous raconter les excès commis [par les paramilitaires], vous décrire les blocus et tout le reste; mais s'ils le découvrent, c'est moi qui aurai des problèmes. Au moindre geste, vous savez ce qui vous attend. (Résidente de Sur de Bolivar)

Comme il faut se soulager dans les fourrés, je dis toujours à mon mari de venir avec moi parce que j'ai peur à l'idée que des hommes armés y soient embusqués. Je dois avoir une sacrée inflammation du côlon. Et, si vous demandez à la majorité des femmes du coin, elles vous diront qu'elles souffrent de constipation et de problèmes au côlon, à cause de cette peur. (Résidente de Sur de Bolivar)

Dans les zones de séquestration, les factions armées ont adopté une attitude répressive à l'encontre des femmes leur imposant une fouille aussi complète qu'humiliante.
Ils [les paramilitaires] dépassent la mesure avec les femmes, chaque fois que celles-ci passent aux points de contrôle, lorsqu'elles quittent la communauté et quand elles y retournent. Une fois, on nous a obligées à baisser nos pantalons jusqu'aux genoux et à nous pencher en avant pour vérifier que nous ne cachions rien sur nous. (Résidente de Sur de Bolivar)

On dénonce rarement la violence faite aux femmes. Nombreuses sont celles qui n'osent pas raconter ce qu'elles ont subi, par honte et par crainte de représailles.
Un jour, ils sont arrivés dans une maison. Ils ont attaché l'homme puis attrapé sa femme et l'une de ses filles qu'ils ont violées devant lui et les autres enfants. Elle a dit que déposer plainte contre l'armée équivaut à un suicide. Si elle le faisait, elle ne pourrait plus jamais quitter la ville. (Déplacée de la région de Catatumbo)

Si [les paramilitaires] voient une femme sur la route, il y a de fortes chances pour qu'ils l'attrapent, la frappent et la maltraitent. Il y a aussi de fortes chances pour qu'ils tentent de la violer. Ils ont essayé de violer de nombreuses femmes en prétendant qu'elles couchaient avec des guérilleros; alors pourquoi ne coucheraient-elles pas avec eux aussi? (Déplacée de la région de Catatumbo)
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