Liberté de circulation et communautés captives en Colombie

Voix en captivité

Dans les zones où guérilleros ou paramilitaires ont assis leur autorité, il est impossible pour la population de se déplacer librement. Routes et voies fluviales sont semées de postes de contrôle où les personnes qui voyagent sont arrêtées et interrogées et bien souvent renvoyées d'où elles sont venues, sous la contrainte. Tout déplacement fait l'objet d'une étroite surveillance.

Les postes de contrôle établis par l'armée et les guérilleros rendent tout déplacement impossible. Il faut leur dire où vous allez, pour combien de temps, ce que vous faites et quand vous reviendrez. Si un étranger veut vous rendre visite, il doit être présenté par un membre de la communauté. (Membre de la paroisse de Caquetá)

photo par Julio Cesar Herrera

photo par Julio Cesar Herrera

Les forces armées et les groupes paramilitaires restreignent fréquemment la quantité de denrées que la population peut rapporter dans sa communauté, prétendant qu'elles seront vendues aux guérilleros. La consommation d'aliments de base comme le sel, le sucre et l'huile est limitée. Le lait en poudre est soumis aux mêmes restrictions, ce qui affecte particulièrement les nourrissons. Dans bien des villages, les femmes s'alimentent si mal qu'elles ne peuvent allaiter les nouveaux-nés.

Je me souviens de cette femme qui avait rapporté trois sacs de lait pour ses cinq enfants. Vous vous rendez compte : trois petits sacs pour cinq enfants! Les paramilitaires lui ont dit qu'elle ne pouvait en garder qu'un seul. Elle a protesté en disant que le médecin avait prescrit du lait aux enfants. Ils se sont fâchés et lui ont dit de prendre garde sans quoi ils la tueraient. Ils l'ont sortie de l'embarcation et l'ont traînée dans un coin. Ils allaient la tuer pour trois sacs de lait. Les enfants se sont alors mis à pleurer et les paramilitaires ont fini par lui dire qu'ils l'épargneraient, mais qu'elle les avait vraiment cherchés. (Résidente du Valle del río Cimitarra)

photo par Julio Cesar Herrera

photo par PCS

Il arrive souvent que la population ne puisse vaquer à ses occupations comme la pêche, la chasse ou le travail dans les champs. On accuse les habitantes et les habitants de vouloir sortir de la communauté pour prêter main forte à l'ennemi.

Certains jours, on mange correctement; en général, c'est quand on peut pêcher dans la rivière. Mais on ne peut plus pêcher la nuit comme par le passé et nous avons trop peur pour aller chasser en forêt. Alors, il arrive souvent qu'on ne mange qu'une fois par jour et que nous restions sur notre faim. Ce sont les enfants qui en souffrent le plus. Dans cette région, tous les magasins ont dû fermer. (Résident of San Juan, Chocó)

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