Liberté de circulation et communautés captives en Colombie

Introduction
photo par Julio Cesar Herrera

La terrible violence qui règne en Colombie, manifestation d'un conflit qui s'éternise depuis quarante ans, a donné lieu à l'une des crises humanitaires les plus graves du monde contemporain. La Colombie occupe, après le Soudan et la République démocratique du Congo, la troisième place au palmarès des pays avec la plus nombreuse population de déplacés : un million sept cent mille personnes ont fui leur maison au cours des quatre dernières années et demie.

En Colombie, le conflit trouve son origine dans la lutte pour les terres et les ressources naturelles. Le pays regorge de minéraux, de pétrole et de bois d'oeuvre et possède de vastes terres arables. Il est vrai que le conflit est partiellement le résultat de l'action de narcotrafiquants pour maintenir leur emprise sur les plantations de coca et les corridors stratégiques permettant l'acheminement des armes et de la drogue. Il n'en reste pas moins que les ambitions de ceux qui désirent accaparer les ressources naturelles du pays ont largement contribué à prolonger le conflit. Les régions les plus riches sont souvent celles où les combats sont le plus intense. Les rivalités sont féroces et sanguinaires; ceux qui peuvent s'en vont pour avoir la vie sauve.

Au cours des dernières années, les factions armées ont opté pour une nouvelle stratégie : au lieu de forcer les habitantes et les habitants à fuir, elles les contraignent à rester. Tantôt, elles les obligent à travailler dans les plantations de coca; tantôt, elles s'en servent comme bouclier humain pour se protéger des attaques armées. Il arrive souvent qu'un groupe estime que la population soutient la partie adverse; en lui interdisant de se déplacer, il l'empêche d'aider l'ennemi. Quoi qu'il en soit, le résultat est le même : la population est piégée dans ce qu'on appelle désormais des « communautés captives ».

Défendre à la population de quitter le village porte atteinte à l'économie locale. Des restrictions sévères limitent les déplacements des paysannes et des paysans qui doivent cultiver la terre. Souvent, la chasse et la pêche sont prohibées. La population ne peut écouler sa modeste production. Incapables de quitter leur village, les gens n'ont donc pas accès aux aliments qu'ils ne produisent pas eux-mêmes ni aux biens de première nécessité comme les vêtements et les médicaments. Impossible d'accéder aux soins de santé face à la menace des fusils! Quant aux écoles, elles ne fonctionnent plus parce que les enseignantes et les enseignants, craignant de ne pouvoir rentrer chez eux, finissent par ne plus sortir.

photo par Rafael Gómez

Les conséquences de cette captivité forcée sont dévastatrices. Elles s'apparentent à une mort lente, par asphyxie. Une mort qu'on n'inflige pas à coups de fusil, mais une mort par malnutrition, par manque de soins. La souffrance infligée à la population est à la fois physique et psychologique. La faim et la maladie sont les corollaires de la peur et du désespoir.

Avec l'appui d'Inter Pares, Project Counselling Service (PCS) a subventionné une importante enquête sur le phénomène croissant que représentent les communautés captives en Colombie et sur les moyens d'y remédier. L'enquête, menée par ouvre dans une nouvelle fenêtre de navigateur CODHES (Consultoria para los Derechos Humanos y el Desplazamiento, Service de consultants pour les droits humains et le déplacement) et Proyecto Pasos, du ouvre dans une nouvelle fenêtre de navigateur Mesa de Trabajo Mujer y Conflicto Armado (Groupe de travail sur les femmes et les conflits armés), a révélé l'existence de communautés captives dans 131 municipalités, soit plus de 10 % de l'ensemble des municipalités nationales. Elle a aussi montré que les groupes paramilitaires, les guérilleros et même les forces armées colombiennes ont tous une part de responsabilité dans les mesures coercitives exercées contre la liberté de circulation de la population et d'autres mesures excessives liées à la séquestration des communautés. Bien que ce phénomène n'ait rien de neuf, c'est seulement maintenant que les ONG et d'autres acteurs internationaux tels que les Nations unies commencent à l'évoquer. Heureusement, cela a favorisé les initiatives pour venir en aide aux populations touchées afin qu'elles recouvrent leurs droits et leurs libertés.

À travers ces images et ces témoignages, des habitantes et des habitants de toute la Colombie partagent les effets de la captivité sur leur vie. Nous présentons aussi une campagne non violente menée dans la région du Chocó, sur la côte pacifique, qui a permis de convaincre les factions armées de démanteler leurs postes de contrôle et de respecter les droits et libertés fondamentales de la population.

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