Les champs de la mort de l'État Shan
Le viol comme arme de guerre
Nous avons demandé aux hommes s'ils avaient entendu parler de violences sexuelles récentes nous savons qu'il y a des cas de viol commis par les troupes birmanes très bien documentés. L'un des hommes a dit que deux jeunes filles de son village avaient été violées collectivement par un groupe de soldats l'année précédente. Les villageois(e)s ont voulu porter plainte auprès des autorités. Un officier leur a répondu que les filles fournissaient des vivres à l'armée rebelle de l'État Shan et qu'elles n'avaient eu que ce qu'elles méritaient.
La destruction des villages shans s'inscrit dans la guerre plus vaste entreprise par la junte birmane contre les groupes ethniques minoritaires. La violence dans l'État Shan dure depuis des années, mais elle s'est aggravée sérieusement depuis 1996. Amnistie Internationale estime que, depuis lors, plus de 300 000 personnes provenant de 1400 villages ont été chassées de leurs maisons et de leurs fermes. Pour mater l'insurrection, l'armée birmane a adopté la stratégie d'éliminer toute possibilité de soutien à l'armée rebelle de l'État Shan. On incendie les villages, on détruit les réserves de nourriture, on multiplie les relocalisations forcées en dépouillant les populations déplacées de leurs moyens de subsistance.
Selon les ONG internationales qui observent la situation, 200 000 personnes auraient fui l'État Shan pour se réfugier en Thaïlande. Contrairement aux personnes réfugiées de l'ethnie Karen dans le sud, celles de l'État Shans ne sont pas considérées comme réfugiées par le gouvernement thaïlandais, et elles sont donc privées de toute forme d'aide humanitaire. En Thaïlande, les personnes réfugiées shans sont condamnées à la clandestinité. Elles survivent tant bien que mal en travaillant illégalement dans les vergers et les plantations de thé, avec le risque constant d'être arrêtées et déportées.
L'opinion internationale a enfin été sensibilisée à la situation de l'État Shan en 2002, grâce à la publication de Licence to Rape¹, un rapport documenté et produit par le Réseau d'intervention des femmes Shan (Shan Women's Action Network, SWAN). Le rapport documente 625 cas de viol de jeunes filles et de femmes du peuple Shan entre 1996 et 2001. La plupart ont subi des viols collectifs et plus du quart d'entre elles sont mortes. Les femmes du SWAN soutiennent que l'armée birmane utilise systématiquement le viol pour mater les rebelles en maintenant les femmes et leur famille dans la terreur et l'humiliation. Le rapport a attiré l'attention de réseaux d'information internationaux et d'organismes de défense des droits de la personne partout dans le monde. La junte a répliqué que le rapport n'était que de la propagande mensongère. Un rapport émis en avril 2004 par l'Organisation des femmes karens (Karen Women's Organization²) confirme cependant le même phénomène dans l'État Karen, où les femmes se font elles aussi violer par des militaires.
¹ le rapport Licence to Rape est disponible (en anglais) sur le site web du SWAN à l'addresse suivante:
www.shanwomen.org
² le rapport de l'Organisation des femmes karens sur le viol est disponible (en anglais) à l'addresse suivante:
www.karenwomen.org
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