Quand détention rime avec protection
Imaginez un instant qu’il vous faille prendre la difficile décision de quitter foyer, famille et communauté pour voyager loin en quête de sécurité et de protection. Imaginez un instant qu’au bout de ce long périple vous vous retrouviez en prison, pour une durée indéterminée, et que vous soyez traité comme un criminel.
Chaque année, des centaines de personnes, y compris des enfants et des femmes enceintes, se retrouvent en prison dès qu’elles foulent le sol canadien où elles revendiquent le statut de réfugié. À l’insu des Canadiennes et des Canadiens, l’incarcération des demandeurs d’asile n’est plus une mesure d’exception mais une pratique qui s’institutionnalise. Ainsi des personnes en quête de sécurité et de protection au Canada se retrouvent, d’ordinaire au bout d’un pénible voyage, incarcérées et traitées comme de vulgaires criminels, souvent pour la simple raison que leur document d’identité est insuffisant.
Préoccupées par le fait que des non-Canadiens puissent être victimes de détention arbitraire, de mauvais traitement et d’un manquement aux garanties prévues par la loi, Glynis Williams et Jenny Jeanes ont fondé Action Réfugiés Montréal (ARM) pour réagir à cette forme d’injustice. Avec l’aide d’une équipe de bénévoles, ARM effectue des visites hebdomadaires au Centre de prévention de l'immigration de Laval où se trouvent la majorité des personnes détenues pour raisons liées à l’immigration dans la province du Québec. L’équipe d’ARM leur fournit des informations sur la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés et veille à ce que leurs droits fondamentaux soient respectés.
Dans une entrevue radiodiffusée sur l’action d’ARM, Duval, un Congolais arrivé au Canada en 2009, explique comment il a été arrêté et détenu pendant plus d’un mois après avoir revendiqué le statut de réfugié. Il raconte qu’il s’est senti comme un criminel, vivant sous surveillance constante durant toute la période d’incarcération. Il se souvient de sa rencontre avec les bénévoles et les membres d’ARM, la seule organisation à se rendre au Centre. Ceux-ci l’ont aidé à remplir les formulaires, ont établi des contacts pour lui avec des personnes de l’extérieur, lui ont fourni des cartes d’appel et étaient présents « juste pour parler et écouter ». Duval reconnaît qu’ « ARM ne peut pas trouver toutes les solutions pour les migrants qui ont été détenus mais qu’elle peut nous aider à comprendre ce qui se passe ».
Plaider pour le respect des droits des détenus n’est pas chose aisée. Les préjugés avec lesquels les Canadiens traitent les migrants sont amplifiés lorsque ceux-ci sont emprisonnés. Une personne que l’on arrête est considérée avec suspicion; elle n’est pas la bienvenue! Dans la grande majorité des cas, l’Agence des services frontaliers du Canada n’allègue même pas que les détenus représentent un danger quelconque; dans ces cas, ARM insiste pour le recours à un traitement plus humain et plus compatissant.
À une époque où des obstacles de plus en plus nombreux entravent la circulation des personnes, en particulier celles du Sud mondialisé, des organisations telles qu’ARM maintiennent en vie la petite flamme qui a poussé le Canada à signer une convention internationale sur la protection du droit des personnes à demander l’asile. Par son appui à ARM, Inter Pares œuvre à instaurer un climat de sécurité où la confiance l’emporterait sur la peur.
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| Révisé le 20 août 2009 | Politique de publication | |


