Notre sécurité: la solidarité
VOLUME 31, NUMÉRO 3, SEPTEMBRE 2009
Les journaux traînent toujours sur la table de la cuisine des bureaux d’Inter Pares pour que nous puissions les feuilleter ou jeter un coup d’œil aux titres. Peur, crise, sécurité, risques : ces mots reviennent chaque fois pour décrire un éventail, pourtant large, d’événements internationaux, réduisant des problématiques complexes à des idées prêtes á consommer. Á en croire les quotidiens, l’avenir de la planète est préoccupant et nous aurions tout á craindre de personnes avec qui nous vivons sur cette terre.
Mais pris hors contexte, les manchettes et les articles n’ont aucun sens. On a trop souvent vu les droits et les libertés amputés au nom de l’impératif sécuritaire. Dans bien des pays du monde occidental, y compris au Canada, des communautés entières sont sous surveillance; elles vivent dans la crainte d’êtres coupables par association et dans l’éventualité, bien réelle, que leurs membres soient arrêtés, déportés, torturés ou bien qu’ils « disparaissent » sans jamais savoir de quel crime on les accuse. Si aujourd’hui les cibles privilégiées sont les personnes de religion musulmane, il n’en demeure pas moins que l’Histoire abonde d’exemples similaires où l’on a désigné comme ennemi public tel ou tel groupe pour justifier qu’il soit traité différemment du reste de la société, voire, persécuté. Comme l’a démontré Hannah Arendt il y a bien longtemps, « l’état d’exception » constitue un espace juridique où l’état de droit ne s’applique pas. À travers l’Histoire, la peur a légitimé l’exclusion et l’expulsion de groupes et de communautés entières au nom de la sécurité. Depuis les camps de concentration nazis jusqu’à la guerre au terrorisme en passant par la chasse aux communistes, la peur n’a jamais été qu’un prétexte pour priver les uns de leurs droits en donnant aux autres un faux sens de sécurité.
Aujourd’hui, dans les médias, l’instrumentalisation de la peur pour contrôler la population et la rendre docile ne se limite pas à la diabolisation de l’Autre mais couvre tous les aspects du quotidien. C’est un argument qui sert à rallier l’appui de la population aux guerres, emprisonnements, restitutions extraordinaires et à la limitation de la libre circulation des individus. Il justifie l’érosion des droits de la personne et permet d’accepter, sans discuter, des solutions médicales, sociétales, politiques et militaires censées rendre le monde plus sûr. La peur pousse les peuples et les états à agir sans discernement. Elle rend pessimiste puisqu’on s’est résigné à l’idée que les choses ne peuvent qu’empirer. Elle paralyse, détruit tout sens de curiosité et anéantit toute croyance dans la possibilité que les choses changent pour le mieux.
En tant que membres d’une société, il nous incombe de réfléchir de manière critique au sens d’un monde où chaque être humain pourrait s’épanouir, un monde où ce rêve se réaliserait pour toutes et tous.
Et si on échangeait la peur contre la confiance? La peur divise et morcelle les communautés; la confiance cimente les rapports entre les gens. En réunissant des personnes des quatre coins du monde pour discuter et agir sur des questions d’intérêt commun, Inter Pares contribue au rétablissement des rapports humains. Dans le cadre de vastes coalitions sur la consolidation de la paix, la santé des femmes, la responsabilité des sociétés, la biodiversité, la justice économique et les libertés civiles, Inter Pares s’est jointe à d’autres pour échanger des idées en vue d’une action plus efficace. Pour contrer la paralysie née de la peur, des personnes et des organisations ont su trouver le courage de tendre la main aux autres, créant des rapports de confiance et d’appui mutuel. Ce courage se manifeste dans l’action des défenseurs des droits de la personne qui n’hésitent pas à s’exprimer même au prix des plus graves dangers. On retrouve la même audace dans des groupes qui, en Malaisie ou au Canada, rêclament le respect des droits des personnes migrantes ou chez ces Africaines et Africains qui s’opposent à de puissants intérêts pour assurer leur bien-être économique.
Dans ce Bulletin, vous apprendrez comment Inter Pares et ses homologues s’efforcent de faire reculer la peur en faisant cause commune et comment ils s’attaquent ensemble aux causes de la pauvreté et de l’oppression car c’est de la solidarité que dépend notre sécurité.
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