Rencontre avec l'espoir

Lors d'une récente visite en Thaïlande, Peter Gillespie – membre de l' équipe d'Inter Pares – a rencontré un groupe de nonnes et de moines birmans. Voici un extrait de son rapport de voyage.

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Les habits d'un moine suspendus à la fenêtre d'un temple.

Il pleut et je cherche le chemin du centre de retraite bouddhiste aux abords de Bangkok, en Thaïlande. Sur la route principale, on vient à ma rencontre. C'est Harn, le coordonnateur d'Alternative Education for Social Engagement, une organisation appuyée par Inter Pares. Il me fait suivre un étroit sentier jusqu'à la maison où nous attend un groupe de nonnes et de moines bouddhistes birmans. Les moines sont en robe safran, les nonnes en rose avec de larges ceintures brunes. Tout le monde est assis par terre.

Harn me présente au groupe et explique que les moines et les nonnes sont ici pour découvrir les façons de faire thaïlandaises en matière d'éducation et de développement. Les temples bouddhistes jouent un rôle vital dans les villages ruraux de la Birmanie. Plus que des centres spirituels, ils dirigent des écoles et des activités de formation professionnelle dans les communautés locales. Les nonnes et les moines aident les gens à plusieurs titres – enseignants, conseillers, éducateurs et médecins.

Mais les nonnes et les moines des campagnes birmanes ont été isolés et en savent très peu sur les expériences de développement réalisées par d'autres pays. « Ce que nous essayons de faire, me dit Harn, c'est de leur montrer l'évolution des activités d'éducation et de développement ici, pour qu'ils puissent voir des solutions de rechange. Nous voulons leur montrer comment les temples peuvent devenir des centres d'action sociale et de justice sociale. »

Il pleut toujours à verse et nous amorçons une discussion animée sur ce que les nonnes et les moines ont vécu jusqu'ici en Thaïlande. Ils ont visité plusieurs types d'école – de la méthode Montessori jusqu'aux approches plus classiques – et sont impressionnés. « Ce que nous avons constaté, déclare un moine d'âge mûr, c'est que l'éducation est plus holistique ici, et qu'il est plaisant et amusant d'apprendre. Les écoles d'ici incitent les enfants à prendre leur éducation en main plutôt que de rester passifs et d'apprendre les choses par coeur. Cela nous intéresse beaucoup. »

Les moines racontent qu'en Birmanie, bien des parents n'ont pas les moyens d'envoyer leurs enfants dans les écoles publiques et que l'éducation est de piètre qualité. La plupart des enseignantes et des enseignants n'ont pas reçu de formation et il y a peu de ressources pédagogiques ou de livres. Le régime militaire consacre à l'éducation moins d'un dollar par année pour chaque élève. Seule une minorité termine le secondaire et encore moins de jeunes obtiennent un diplôme universitaire. C'est une génération tout entière qui est privée d'éducation.

Nous finissons par parler de la révolution safran de septembre dernier, alors que des milliers de moines et de nonnes ont envahi les rues de la principale ville du pays pour dénoncer la pauvreté et la misère qui sévissent partout au pays. On a dépêché l'armée pour réprimer violemment les manifestations pacifiques. Un moine me dit qu'avec des milliers d'autres, il a été arrêté et envoyé à la fameuse prison d'Insein. Il n'a pas été torturé, mais on l'a humilié sur une base quotidienne. « Il était interdit de regarder les geôliers et il fallait garder les yeux baissés. » On l'a relàché après un mois, mais d'autres moines sont restés en prison.

Plusieurs temples ont été fermés et les moines renvoyés dans leur village. Certains ont été forcés de défroquer. D'autres ont été attachés à des lampadaires et battus. Plusieurs manquent encore à l'appel et on craint qu'ils fassent partie des « disparus ».

Vers la fin de la rencontre, une nonne déclare que la paix et l'harmonie finiront par prévaloir en Birmanie et que tout ira bien. En les saluant, je suis frappé de la conviction tranquille qui émane de ces femmes et de ces hommes dont la vie est vouée au service des leurs. Ils ont croisé la violence dans les rues de Rangoon, mais ils ne se sont pas laissé abattre dans leur lutte pour un changement pacifique.

Inter Pares

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Avec le soutien de milliers de Canadiennes et de Canadiens, Inter Pares travaille au Canada et à travers le monde avec des organisations qui partagent l'analyse selon laquelle la pauvreté et l'injustice sont causées par les iniquités entre les nations et au sein de celles-ci. Inter Pares et ces organisations agissent en faveur de la paix et de la justice socio-économique dans leurs collectivités et leur société.


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Bulletin - Septembre 2008

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