Témoigner de la lutte pour la démocratie en Birmanie
Tin Maung Htoo devant un drapeau utilisé lors des manifestations pour la démocratie.
VOLUME 30, NUMÉRO 3, SEPTEMBRE 2008
Quand les projecteurs des blindés ont aveuglé Tin Maung Htoo, seize ans, et les centaines de personnes manifestant autour de lui, tout le monde s’est assis d’un bloc sans interrompre les chansons engagées. Tin a entendu le tir des fusils automatiques et il a fermé les yeux : « Je savais que nous allions mourir. »
C’était le soir du 8 août 1988, et la foule manifestant pour la démocratie était épuisée par quatorze heures de marche dans les rues de Rangoon. Voyant que les coups de feu avaient été tirés en l’air, la foule s’est relevée. Elle s’est relevée même si les soldats étaient maintenant en position, fusils pointés et genoux fléchis. Elle scandait : la démocratie pleine et entière, c'est ce que nous voulons!
Soudain, Tin a vu des gens s’écrouler devant lui et tout s’est brouillé dans la confusion et la panique.
Contrairement à ce qui s’est passé lors des récents événements de septembre 2007, l’ensemble de la planète a très peu entendu parler des milliers de personnes descendues dans la rue pour réclamer la démocratie en Birmanie en 1988. On ignore combien sont mortes au mois d’août il y a vingt ans; selon des estimations prudentes, il y en aurait eu au moins trois mille. Depuis 1988, le régime militaire birman a affermi son pouvoir et son emprise, et multiplie les violations systématiques des droits de la personne d’un bout à l’autre du pays.
Tin Maung Htoo est resté à Rangoon durant deux mois après la répression, de plus en plus frustré : « J’avais l’impression qu’on ne pouvait rien faire d’ici, je voulais partir afin de militer pour le changement à l’échelle internationale ». Comme des milliers d’autres militantes et militants pour la démocratie, il a gagné la frontière thaïlandaise, traversant les montagnes et la jungle de nuit, à pied et en bateau. Il a vécu pendant des années dans les communautés frontalières où les groupes militants forgeaient des alliances avec les mouvements de résistance ethniques.
En 1993, Tin suivait à Bangkok un cours sur l’action non violente pour le changement. Il était question de construire un gazoduc dans le sud de la Birmanie et on proposait d’ériger plusieurs barrages. Ces projets allaient de toute évidence produire des revenus substantiels pour le régime alors qu’on rapportait déjà de nombreux cas de travail forcé, de déplacements et d’autres violations des droits de la personne. Lors d’une descente, les autorités thaïlandaises ont arrêté toutes les personnes présentes à la séance de formation. Tin a passé trois ans dans une prison de Bangkok en vertu de la Loi sur la sécurité nationale de la Thaïlande. On a fini par le relâcher à condition qu’il demande l’asile au Canada.
Tin a terminé son cours secondaire à London, en Ontario, et décroché un double diplôme en économie et sciences politiques à la University of Western Ontario. Il est toujours actif au sein de la communauté birmane et occupe depuis 2005 le poste de directeur général des Amis canadiens de la Birmanie (CFOB).
Collaborateur d’Inter Pares depuis sa fondation en 1991, CFOB rassemble des personnes et des organisations de tout le pays qui estiment que le Canada peut jouer un rôle positif dans la lutte pour la démocratie en Birmanie. Quand Tin s’est joint à CFOB, le Parlement venait d’adopter une motion sur les moyens de promouvoir la démocratie en Birmanie. La mise en œuvre de cette motion est maintenant au cœur du travail de CFOB.
En 2006, CFOB a joué un rôle clé dans la fondation des Amis parlementaires de la Birmanie (PFOB), un groupe imposant de députés et sénateurs de tous les partis. PFOB sensibilise la Chambre des communes et le Sénat et favorise l’action du Canada pour le soutien de la démocratie en Birmanie. En 2007, CFOB a lancé une campagne en ligne visant à déclarer citoyenne honoraire du Canada Aung San Suu Kyi, leader birmane pour la démocratie. La campagne a eu beaucoup de succès auprès du public et PFOB l’a adoptée très vite. Le gouvernement fédéral a accordé à Aung San Suu Kyi la citoyenneté canadienne à titre honoraire lors du discours du Trône d’octobre 2007. Moins de trois mois plus tard, le Canada a imposé des sanctions économiques ciblées contre le régime.
En mars dernier, Tin Maung Htoo est retourné en Thaïlande pour la première fois depuis sa sortie de prison. Parrainé par Inter Pares, il s’est rendu sur la frontière thaïlandaise en bordure de la Birmanie pour voir de ses yeux la façon dont des ressources canadiennes appuient le travail des personnes réfugiées, de celles qui documentent les droits de la personne ou qui offrent des services de santé, des organisations pour les droits des femmes et des groupes de médias locaux. Tin Maung Htoo a ainsi bouclé la boucle du voyage qu’il avait amorcé en 1988.
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