Notes tirées d'un encuentro
Cérémonie du souvenir maya lors de l'encuentro sur la violence sexuelle en tant qu'arme de guerre.
En mai 2007, une soixantaine de personnes se sont réunies dans un magnifique vieux couvent d'Antigua, au Guatemala, pour aborder un sujet qui a touché la vie de tant de femmes partout dans le monde : l'utilisation de la violence sexuelle en tant qu'arme de guerre. Activistes, universitaires, juristes et psychologues du Guatemala, de Colombie, du Pérou, du Chili et du Costa Rica, comme du Canada et des États-Unis, se sont rassemblées pour trouver des moyens de soutenir les survivantes de ce crime terrible dans leur quête de justice et de réparation, à leurs propres conditions.
Briser le silence qui entoure la question de la violence sexuelle comme arme de guerre peut être un travail solitaire, frustrant et dangereux. Cette rencontre répondait au besoin de rompre l'isolement typique des sociétés déchirées par la militarisation et la violence. Ce fut l'occasion unique de tisser des rapports d'apprentissage et de soutien mutuels.
Pendant deux jours et demi, les participantes ont partagé les méthodes de guérison, tirées du domaine de la psychologie et de la psychiatrie occidentales et notamment de celui des cultures et expériences autochtones. Elles ont discuté de la création de processus axés sur les besoins des survivantes de la violence sexuelle en matière de santé mentale, tenant compte du fait que les familles et les communautés où vivent ces femmes ont été profondément perturbées par des décennies de guerre. Cette situation a tissé des rapports complexes. Ainsi, dans plusieurs communautés guatémaltèques, les auteurs des violences et leurs victimes vivent souvent côte à côte et certains sont à la fois bourreaux et victimes - un obstacle de taille pour toute approche de guérison fondée sur la communauté. Les participantes ont aussi considéré les frustrations et les dangers inhérents aux poursuites judiciaires qui traînent en longueur et leurs répercussions sur les victimes, pour éviter que ces processus les victimisent à nouveau.
Omniprésente tout au long du séminaire était la conscience de plus en plus aiguë de l'escalade de la violence au Guatemala. Les participantes guatémaltèques et le personnel local de PCS sont régulièrement la cible d'attaques et de manoeuvres d'intimidation en raison de leur travail sur la violence sexuelle dans les conflits armés. Ce travail remet en question les structures bien ancrées de l'impunité et de l'injustice au Guatemala et en cela, il menace les coupables et les puissants, qui réagissent souvent par la violence. La sécurité des personnes était un thème central du séminaire.
Vu les dangers et les difficultés de ce travail, il faut se protéger l'une l'autre, aider les aidantes qui portent en elles tant de récits de douleur et d'angoisse. Le séminaire a offert aux praticiennes un lieu de soutien mutuel et de guérison. Par le théâtre, la fabrication de masques et la danse, les femmes ont pu se libérer un peu de ce fardeau qui les affecte au plus profond d'elles-mêmes. On a versé bien des larmes de tristesse, de fatigue et de rire. Après avoir passé quelques jours ensemble, parlé du travail, partagé des stratégies et appris l'une de l'autre, les participantes ont vu qu'elles n'étaient pas toutes seules. Elles ont senti que bien d'autres éprouvaient la même douleur et la même colère devant les ravages de la guerre et la même détermination de faire quelque chose, de travailler en vue d'un changement à la fois profond et durable.
À la fin du séminaire, au milieu des masques multicolores et pourtant terriblement tristes fabriqués la veille pour aider chacune à exprimer ce que signifiait pour elle la violence sexuelle, les participantes ont fait le bilan des connexions établies pendant ces quelques jours. Elles ont aussi discuté des moyens de les renforcer, pour donner à toutes les moyens de travailler ensemble à l'avenir. Ce fut bien plus qu'un séminaire, ce fut un encuentro, une communion, le partage du courage et de la détermination, l'expression de la solidarité et du soutien mutuel.
Ce séminaire a été organisé dans le cadre du programme régional d'Inter Pares en Amérique latine sur la violence sexuelle pendant les conflits armés, qui bénéficie du soutien financier de l'Unité de paix et de sécurité de l'ACDI et l'appui de milliers de Canadiennes et de Canadiens.
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Avec le soutien de milliers de Canadiennes et de Canadiens, Inter Pares travaille au Canada et à travers le monde avec des organisations qui partagent l'analyse selon laquelle la pauvreté et l'injustice sont causées par les iniquités entre les nations et au sein de celles-ci. Inter Pares et ces organisations agissent en faveur de la paix et de la justice socio-économique dans leurs collectivités et leur société.
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La publication de ce Bulletin est subventionnée par l'Agence canadienne pour le développement international.
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