En quête de justice au Guatemala

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Participantes au Forum national sur les expériences latino-américaines de vérité, justice et réparation.

VOLUME 29, NUMÉRO 3, SEPTEMBRE 2007

À l'automne 2006, Alison Crosby et Samantha McGavin, d'Inter Pares, se sont rendues au Mexique, au Guatemala et au Salvador. Nous présentons ici des extraits du journal de voyage de Samantha sur la portion guatémaltèque de leur périple.

Quand il est question d'Amérique latine à Inter Pares, il me semble qu'on parle toujours de routes cahoteuses... et maintenant, je sais pourquoi! Ça fait une semaine qu'Alison et moi roulons sur les routes interminables, accidentées et balayées par les vents de la campagne du Chiapas, dans le sud du Mexique; nous nous apprêtons à traverser la frontière du Guatemala où nous passerons la semaine.

Cela fait près de trente ans qu'Inter Pares et Project Counselling Service (PCS), notre homologue, travaillent ensemble en Amérique latine à soutenir les populations touchées par les conflits armés qui ont dévasté la région. Dans le cadre de ce travail, Inter Pares collabore étroitement avec PCS sur une base quotidienne - planification des activités, élaboration de stratégies sur l'orientation future des programmes, recherche de financement et quête d'appuis politiques. Alison, la personne responsable du programme dans la région se rend au bureau régional de PCS pour l'Amérique centrale et le Mexique (CAMEX) au moins deux fois l'an et, en compagnie de gens de PCS, elle visite les homologues d'Inter Pares au Mexique, au Guatemala, au Salvador et au Nicaragua. À titre de responsable de la collecte de fonds, je l'accompagne pour avoir une idée concrète de ce travail dont j'ai tellement entendu parler et pour apporter le message de solidarité de nos partisanes et de nos partisans du Canada.

Huehuetenango

Huehuetenango, dans la zone occidentale du Guatemala en bordure du Mexique, est l'un des départements les plus riches sur le plan des cultures et des langues autochtones. C'est aussi l'une des régions qui a le plus souffert de la violence pendant les quatre décennies de conflit armé. On sent partout la présence des communautés réfugiées de retour à Huehuetenango. PCS vient d'y ouvrir un bureau local pour soutenir les personnes touchées par la violence dans le cadre des processus locaux de démocratisation et d'édification de la paix, notamment ceux qui favorisent la participation des femmes et des autochtones.

Nous sommes à Huehuetenango pour participer à un forum organisé par PCS, le Forum national sur les expériences latino-américaines de vérité, justice et réparation, qui réunit des organismes de la société civile oeuvrant à l'échelle locale et nationale. L'auditoire comprend aussi des figures politiques importantes, comme la directrice du programmenational de réparation (PNR), mis sur pied à l'instigation de la Commission de la vérité pour compenser les victimes de violations des droits de la personne pendant le conflit. Nous écoutons ensemble des exposés sur les divers aspects de la réparation - sur le plan juridique, symbolique et matériel, comme sur celui de la santé mentale - à la fois au Guatemala et ailleurs en Amérique latine. Angélica Lopéz est une activiste maya de Consorcio Actoras de Cambio (Consortium des agentes pour le changement), une coalition qui offre soutien et accompagnement psychosocial aux victimes de torture. Elle parle de la violence faite aux femmes pendant le conflit et des terribles répercussions qu'elle exerce non seulement sur les femmes, mais aussi sur leur famille et leur communauté.

Ce forum est un rassemblement important pour la société civile de Huehuetenango - l'occasion d'apprendre, de dialoguer et d'élaborer des stratégies en vue d'influencer le PNR et d'y participer. À la fin du forum, les participantes et les participants conviennent de créer une table ronde locale pour coordonner leur travail afin que le point de vue des personnes le plus durement touchées par le conflit armé soit inclus dans toutes les discussions relatives aux réparations à l'échelle nationale.

La ville de Guatemala

Guatemala est une cité tentaculaire par rapport à Huehuetenango; c'est aussi une ville dangereuse. La société civile estime qu'une grande partie de la violence qui règne à Guatemala est le résultat direct du conflit armé. On tue les femmes pauvres et marginalisées dans ce que l'on qualifie de « féminicide »; on pense que ces crimes font partie d'un projet de nettoyage social imputable à des tueurs liés à des structures paramilitaires clandestines n'ayant pas été démantelées. Les hommes qui ont quitté les structures militaires ou paramilitaires sont aussi des recrues idéales pour les gangs criminels; le crime organisé est infiltré partout et on soupçonne qu'il a contaminé les échelons les plus élevés du gouvernement et du monde des affaires. Il est dangereux de provoquer ces structures et de réclamer justice pour les crimes de guerre. Celles et ceux qui défendent les droits de la personne reçoivent des menaces et se font attaquer; ils poursuivent leur travail en redoublant de prudence et une grande partie des efforts d'Inter Pares consiste à sensibiliser la communauté internationale à ce qu'ils vivent afin d'aider à les protéger.

À Guatemala, nous rencontrons le personnel de PCS. Il y a beaucoup à faire : dresser le bilan du forum de Huehuetenango; examiner les rapports financiers; discuter des élections nationales imminentes et de leur impact sur notre travail; planifier les événements à venir et parler de stratégies possibles pour l'élaboration des programmes. Avec des collègues de PCS, nous rencontrons aussi deux homologues, Kaqla et Sector de Mujeres (Secteur des femmes). Kaqla est un groupe d'intellectuelles et d'activistes mayas, Sector de Mujeres est un réseau d'organisations de femmes. Nous abordons leur analyse du contexte politique, les activités en cours et les difficultés à surmonter. Nous repartons avec de nouvelles idées sur la façon dont PCS peut aider à renforcer le leadership des femmes dans la région.

Réunion à l'ambassade du Canada

Notre dernière réunion au Guatemala est avec l'ambassadeur du Canada et le responsable canadien du développement. Alison et moi-même sommes accompagnées de deux membres du personnel de PCS et deux autres collègues, Luz Méndez et Claudia Paz. Luz coordonne Actoras de Cambio, alors que Claudia dirige l'Institut d'études en criminologie comparée du Guatemala (ICCPG), un institut universitaire voué aux droits de la personne, aux politiques en matière de justice pénale et aux questions relatives à la sécurité.

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Samantha McGavin et Flory Yax de PCS.

L'ICCPG et Actoras de Cambio font partie intégrante d'un programme régional mis sur pied par PCS avec Inter Pares pour contrer la violence sexuelle envers les femmes pendant les conflits armés dans trois pays d'Amérique latine - le Guatemala, le Pérou et la Colombie. C'est un programme holistique qui poursuit quatre objectifs : redonner leur pouvoir aux femmes touchées par la violence sexuelle au moyen de processus de guérison; étudier les possibilités de poursuites judiciaires dans les cas de violence sexuelle commise pendant les conflits armés; faire du travail de sensibilisation sur le caractère criminel de la violence sexuelle auprès du public, du gouvernement et de la société civile; et renforcer la capacité des survivantes d'influencer les plans de réparation afin d'y intégrer les besoins des femmes et leurs points de vue.

Aujourd'hui, nous rencontrons l'ambassadeur et le responsable canadien du développement pour leur présenter Claudia et Luz et expliquer les diverses facettes du programme qui reçoit des fonds de l'Agence canadienne de développement international (ACDI). C'est aussi l'occasion d'établir des rapports entre l'ambassade et nos homologues, pour faire bénéficier chaque partie du soutien et de l'analyse de l'autre. Nous en profitons pour souligner à quel point il est important que le gouvernement du Canada appuie - sur le plan politique et financier - ce travail aussi important que délicat.

Au moment des dernières accolades dans le corridor, je rappelle à Luz et à Claudia que nos partisanes et nos partisans du Canada se battent aussi à leurs côtés. En leur disant au revoir, j'ai tout à coup l'impression merveilleuse d'être moi-même une sorte d'ambassadrice de la solidarité et de l'encouragement de milliers de personnes qui, bien qu'à des milliers de kilomètres, sont aujourd'hui présentes par l'esprit.

Cliquer ici pour lire la version intégrale de ce récit sous forme de photoreportage.

Inter Pares et PCS ont appuyé les organisations de réfugiés guatémaltèques au Mexique durant les années 1980 et ont accompagné leur retour au Guatemala dans les années 1990. Aujourd'hui, Inter Pares et PCS soutiennent des organisations de la société civile dans leur quête de vérité, de justice et de réparation pour les crimes commis pendant la guerre, y compris le recours systématique à la violence sexuelle comme arme de guerre. Nous nous intéressons aussi de plus en plus à la promotion et à la protection des droits des populations migrantes, dont la sécurité est de plus en plus menacée par la militarisation de la frontière entre le Mexique et le Guatemala qui devient « l'ultime frontière » entre l'Amérique centrale et les États-Unis.

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