Une humanité commune pour les femmes soudanaises
Caroline Boudreau, Inter Pares; Neimat Kuku Mohammed, Gender Center for Research and Training (GCRT); Molly Kane, Inter Pares; Asha El Karib, GCRT.
La vie des soudanaises a radicalement changé en trente ans. Elles vivent dans un pays qui a adopté la parité des salaires dans les années 1960, et où le mouvement des femmes a déjà constitué une force vitale de la société civile. Le régime militaire intégriste qui a pris le pouvoir à la suite d'un coup militaire en 1989 a démantelé le mouvement des femmes et changé leur vie en profondeur, partout au Soudan.
La militarisation et les conflits armés qui perdurent ont altéré le quotidien des soudanaises de manière fondamentale. On utilise des interprétations intégristes du Coran pour contrôler les femmes et pour refuser de ratifier la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW). Les mariages précoces et la pratique généralisée de la mutilation génitale limitent le contrôle qu'ont les femmes sur leur corps, leur sexualité et leur vie.
De plus en plus inquiètes de l'érosion des droits des femmes, six militantes soudanaises ont créé le Gender Center for Research and Training (GCRT) en 1997. Inconditionnelles du droit à l'égalité, elles ont la conviction que les femmes doivent être des citoyennes actives qui participent pleinement à la vie sociale, culturelle, économique et politique d'un Soudan libre et démocratique. Asha, Neimat, Omaima et leurs collègues du Gender Center travaillent ensemble pour que cette vision devienne réalité.
Leur travail ne passe pas inaperçu. Elles ont reçu des menaces, on les a harcelées, on les a forcées à arrêter leurs activités à plusieurs reprises et les autorités soudanaises ont même déjà fermé le Gender Center. Mais le Gender Center a aussi été applaudi par des organisations du Soudan et d'ailleurs. En 2004, le Conseil canadien pour la coopération internationale lui a remis la bourse du Fonds Betty Plewes pour son travail courageux et novateur en matière de démocratie et d'égalité entre les sexes.
Bravant les risques et les difficultés, les femmes et les hommes du Gender Center continuent de travailler ensemble afin que l'on comprenne mieux la situation des femmes au Soudan et leur participation au processus de transformation sociale. Le Gender Center collabore avec d'autres militantes, militants et d'autres ONG au Soudan, ainsi qu'avec des avocats, des jeunes, des femmes membres de partis politiques et des femmes de divers groupes ethniques déplacées sur le territoire soudanais.
En 2003, le Gender Center a entrepris l'un des tout premiers projets de recherche documentant la violence contre les femmes au Soudan. Le gouvernement et la société soudanaise en général continuent de nier l'existence de la violence contre les femmes, et stigmatisent quiconque ose soulever la question. La recherche du Gender Center a permis à Salmmah Resource Center de produire un documentaire révélant le caractère structurel et organisé de cette violence. Montrant le témoignage de femmes humiliées, brûlées à l'acide ou arrêtées à cause de leur façon de se vêtir, le documentaire s'est révélé un outil précieux pour stimuler la discussion lors d'ateliers communautaires sur les effets de la violence. Les personnes présentes - hommes et femmes - réalisent que ces femmes pourraient être leurs voisines, leurs parentes ou leurs amies.
Dans le cadre de son travail sur la démocratie et les droits de la personne, le Gender Center donne aux femmes l'occasion de partager leur expérience personnelle sur la signification des droits de la personne et de la démocratie dans leur propre vie. Les droits de la personne ont un sens particulier pour les femmes déplacées qui vivent dans des camps et se débattent pour nourrir leur famille, ou pour les vendeuses de thé qui se font souvent harceler par la police locale dans les marchés où elles travaillent. Pour chacune de ces femmes, les droits de la personne sont synonymes du droit de vivre dans la dignité, sans redouter l'oppression et les mauvais traitements.
Dans un pays où les femmes sont les premières victimes de l'oppression et de l'exclusion sociale, et où on nie toujours l'existence du contrôle et des contraintes qu'elles subissent, c'est un combat de tous les jours que de plaider pour la reconnaissance pleine et entière des femmes. Il ne peut y avoir de paix tant que la majorité de la population n'a pas droit à un sentiment d'humanité commun. De concert avec d'autres groupes de femmes du Soudan et d'ailleurs, les femmes du Gender Center vont continuer à se battre contre les diverses formes d'oppression et d'intégrisme. Pour Inter Pares, c'est un honneur de travailler avec ces femmes qui revendiquent une autre vision de l'avenir.
En plus du généreux soutien de ses donatrices et donateurs, Inter Pares veut souligner l'aide et l'appui de l'Agence canadienne de développement international (ACDI), de la Fondation internationale Roncalli, du Howard Green Fund de la Vancouver Foundation et du Fonds de justice sociale des travailleurs et travailleuses canadiens de l'automobile (TCA) qui ont tous contribué au travail du Gender Center.
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| Révisé le 12 septembre 2006 | Politique de publication | |


