Le droit à l'humanité

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Myrna Mack Chang (à gauche), défenseur des droits de la personne au Guatemala, peu avant son assassinat.

VOLUME 28, NUMÉRO 3, SEPTEMBRE 2006

La nuit du 11 septembre 1990, Myrna Mack Chang, anthropologue et militante des droits de la personne, a quitté son bureau désert du centre-ville de Guatemala après une longue journée de travail.

À l'époque, Myrna accumulait des preuves sur la longue campagne de terreur meurtrière menée contre la population paysanne maya de son pays, défiant ainsi l'oligarchie et l'appareil militaire du Guatemala, soutenus par les États-Unis. Dans cette nuit froide et humide, leurs hommes de main l'attendaient pour la punir de son crime : avoir osé résister. Armés de longs couteaux, ils l'ont poignardée sauvagement, à deux rues du Palais national. Il a fallu près de 15 ans, et une campagne acharnée à l'échelle nationale et internationale, pour que le gouvernement finisse par admettre en 2004 que ses assassins étaient des agents de l'État rattachés à la garde présidentielle.

Inter Pares soutenait le travail réalisé par l'organisme de Myrna, sans toutefois pouvoir la protéger des risques qui en découlaient. Myrna a payé de façon foudroyante et cruelle son engagement envers les droits de la personne. Cette situation n'est malheureusement pas unique en son genre. Et le danger est toujours présent. Selon la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH), en 2005 on a assassiné 117 travailleuses et travailleurs des droits de la personne dans le monde, dont 47 en Colombie seulement, un pays où Inter Pares est très actif. « La répression s'amplifie contre celles et ceux qui défendent les droits de la personne, qui dénoncent l'arbitraire au prix de leur vie et de leur sécurité » déplore le président de la FIDH, Sidiki Kaba. Au sujet de la Birmanie, un autre pays où travaille Inter Pares, le rapport conclut que « le niveau de répression est tel qu'il n'existe aucun appareil indépendant pour surveiller les droits de la personne. »

Qu'est-ce qui a poussé Myrna à risquer sa vie? Elle avait reçu des menaces de mort et les prenait au sérieux, après ce qui était arrivé à d'autres. À travailler avec Myrna et bien d'autres qui défendent comme elle les droits de la personne dans un cadre très précis, nous avons appris qu'on ne risque pas sa vie pour un grand principe - les droits de la personne. On le fait pour un motif bien concret : une certaine conception de ce que signifie être humain et être déshumanisé. Des personnes comme Myrna assument le risque parce qu'elles ne peuvent pas accepter que l'on profane l'humanité de quelqu'un d'autre. Elles ne peuvent pas tolérer une telle barbarie, un tel manque d'humanité, et elles sont prêtes à mettre leur vie en jeu pour éviter que cela arrive.

Salvador Allende - assassiné lors d'un autre 11 septembre, en 1973 - aurait déclaré : « Aucune idée ne justifie que l'on tue en son nom, mais il y a des idées pour lesquelles je suis prêt à mourir. »

La cause des droits de la personne plaide pour l'entièreté de l'être humain, avec toute la liberté et toutes les possibilités que cela suppose quand la vie n'est pas assujettie à la tyrannie et à la cupidité, à la pauvreté abjecte et à l'exclusion sociale, à l'oppression, à l'isolement forcé et à la vulnérabilité physique. Être humain, c'est vivre pleinement de manière autonome, être entier, être libre, contrôler les forces qui déterminent sa vie. Au coeur de l'humanité de chaque personne se trouve la faculté de déterminer sa propre existence - le droit le plus fondamental est le droit à l'autodétermination. L'essence des droits de la personne, c'est de veiller à ce que cette humanité ne soit pas violée, ni restreinte, ni contrainte.

Dans ce contexte, celles et ceux qui plaident pour les droits de la personne défendent les individus ou les peuples pour empêcher qu'ils soient déshumanisés ou brutalisés par l'État ou le gouvernement, par des forces armées régulières ou clandestines, par de grandes sociétés ou d'autres entités économiques, ou par toute autre puissance, y compris les institutions religieuses, la collectivité et la famille. Et ces personnes ont à coeur d'offrir à chacune et à chacun les moyens et la possibilité de travailler ensemble, en toute liberté, en vue de se créer une vie et un avenir communs.

Une telle conception des droits de la personne est le fondement de l'action sociale transformatrice. Dans ce Bulletin, nous explorons la façon dont elle se matérialise dans certains endroits où s'implique Inter Pares.

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Bulletin - Septembre 2006

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