Le processus de paix au Soudan, entre espoirs et incertitudes

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En janvier 2005, le gouvernement soudanais et l'opposition du Sud, l'Armée populaire de libération du Soudan (APLS), ont signé un Accord de paix global. Cependant, la violence continue d'affecter la vie des gens tandis qu'on ne tient pas compte des demandes des femmes. C'est dans ce contexte que le Gender Center for Research and Training poursuit son combat pour les droits de la personne, l'égalité des sexes et les changements socio- économiques au Soudan. Asha El-Karib, directrice du Gender Center, a fait une visite récente à Inter Pares; elle a expliqué dans quelle mesure l'Accord de paix global influait sur son action au Soudan.

L'Accord de paix global a-t-il créé un climat favorable à la société civile au Soudan?

L'Accord de paix global actuel restructure le pays, ce qui pourrait ouvrir de nouvelles possibilités pour la société civile. Mais nous continuons de nous demander pourquoi on l'appelle Accord de paix global puisque seuls le gouvernement soudanais et l'APLS font officiellement parties du processus. Tant qu'on n'aura pas adopté une approche holistique tenant compte de toute la population du pays, des femmes et des hommes, des conflits éclateront dans d'autres régions nous éloignant encore plus de cette paix globale.

Malgré tout, le Gender Center, en collaboration avec des femmes de la société civile et de divers partis politiques, a pris part à une initiative visant à rédiger le texte d'une constitution nationale alternative qui tiendrait compte de la relation entre les genres. Nous avons convenu de rejeter la loi islamique charia de la constitution nationale : nous luttons pour une constitution laïque. Il existe de réelles possibilités et nous tentons de défier les autorités sur leur terrain en nous servant des protocoles de l'Accord de paix global pour défendre les droits des femmes.

Il s'agit avant tout de planter les semences d'une culture de la paix au Soudan. Il faut investir dans la population soudanaise afin d'en faire un ensemble de citoyens responsables par le biais du processus de démocratisation et par la promotion d'une culture de la paix.

On a critiqué l'Accord de paix global parce qu'il ne prévoyait pas de mécanismes de réhabilitation ou de réconciliation pour panser les plaies des communautés.

C'est une critique tout à fait légitime. L'Accord de paix global porte sur les aspects matériels et ne tient pas compte des besoins des personnes au sens large du terme. Ainsi, il ne traite pas de la modification des rôles de l'homme et de la femme pendant la guerre, parmi les populations déplacées et réfugiées dans les camps. Pour le gouvernement, la réconciliation se résume à tourner la page et à oublier tout bonnement les horreurs de la guerre. Mais les gens continuent de se souvenir et il est urgent d'établir la confiance.

Comment illustrez-vous la valeur de la participation des femmes dans le processus de paix?

D'abord, par une approche quantitative, il est simple de démontrer que les femmes constituent la moitié de la population et qu'elles ont des besoins différents des hommes. La participation des femmes permet donc de soulever d'importantes questions liées aux relations entre les genres. Ensuite, grâce à une approche axée sur les droits fondamentaux, nous travaillons avec des femmes pour les aider à s'affirmer et à se faire entendre. Nous créons chez elles la conscience de leurs droits et la nécessité de les défendre. Dans le cadre de cette approche, nous avons ciblé, entre autres, les partis politiques car, tant que les femmes ne prendront pas part aux processus politiques et décisionnels, les inégalités structurelles persisteront. La participation des femmes à la vie politique représente, à nos yeux, une question stratégique parce qu'elle engendre une démocratie de l'égalité des sexes dans le processus de paix proprement dit.

Dans quelle mesure la situation dans le Darfour et l'attention internationale qu'elle reçoit ont-elles une incidence sur votre action?

Les ONG internationales sont assez présentes et actives dans la région. Cependant, et bien qu'elles dénoncent le problème de la violence faite aux femmes, elles ne s'y attaquent pas véritablement. Ainsi, en dépit de l'assistance alimentaire et humanitaire à la population, les femmes doivent encore sortir des camps pour chercher du bois de cuisson, ce qui met leur vie en danger.

Pour la première fois au Soudan, nous entendons des femmes, en particulier des femmes du Darfour, prendre la parole pour dénoncer la violence politique à laquelle elles sont confrontées. Au Darfour, le Gender Center organise des forums où l'on traite spécifiquement de la violence contre les femmes. La communauté médicale, la police, les autorités judiciaires et les médias ont pris part à nos activités afin d'évaluer le problème sous tous ses aspects. Nous espérons pouvoir nous servir de notre expérience dans le Darfour pour traiter du problème général de la violence contre les femmes au Soudan. Cette problématique montre combien l'instauration de la paix au Soudan ne se limite pas à régler les problèmes entre le nord et le sud du pays.

En mai 2005, Asha El-Karib a fait une présentation devant le Comité sénatorial permanent des affaires étrangères sur les perspectives d'une fin des conflits au Soudan. Vous pouvez consulter la version intégrale de la présentation d'Asha sur le site Internet d'Inter Pares sous la rubrique « Publications ».


Appel à l'action : Le RPC et les droits humains

Savez-vous où sont investies vos cotisations au Régime de pension du Canada?

La plupart des Canadiens et des Canadiennes ont probablement vu la mention du Régime de pensions du Canada (RPC) sur leur talon de paie. Créé en 1966, le RPC représentait une importante initiative en matière de politique sociale visant à assurer la securité des revenus des Canadiens et Canadiennes retraités.

Cependant, bien peu de gens savent que le Gouvernement fédéral a créé, en vertu d'une loi votée par le Parlement en 1997, l'Office d'investissement du Regime de pensions du Canada (OIRPC), une société d'État indépendante. L'OIRPC alimente les fonds de pension en achetant des titres d'entreprises canadiennes ou etrangères cotées en bourse. L'objectif déclaré de ces opérations est de garantir un niveau de rendement tel que le RPC pourra continuer de verser les pensions de retraite des Canadiens et des Canadiennes. L'OIRPC est aujourd'hui un des plus gros fonds d'investissement du pays avec un actif supérieur à 70 milliards de dollars.

Comme il s'agit d'un fonds alimenté par des prélèvements obligatoires sur les revenus de la population, il est légitime de s'interroger sur la manière dont l'OIRPC sélectionne ses investissements et de savoir si ces décisions sont informées par des critères socialement responsables. Étonnamment, l'OIRPC ne se sert pas de tels critères avec pour résultat que les cotisations des Canadiens et des Canadiennes sont employées dans des activités contraires à l'intérêt public, par exemple, dans l'industrie du tabac; dans certains cas, elles alimentent même les conflits et contribuent à perpétuer les violations des droits de la personne dans d'autres pays.

Un exemple notoire des investissements du RPC dans le commerce militarisé a été le cas de Talisman, une entreprise pétrolière canadienne, et ses activités dans le sud du Soudan. Le rôle de Talisman dans la guerre au Soudan ne fait plus de doute. De nombreuses enquêtes ont conclu que Talisman, au travers de ses activités, avait contribué à maintenir une guerre au cours de laquelle des millions de personnes avaient été déplacées ou tuées. En dépit de campagnes publiques tapageuses appelant au désinvestissement de Talisman, l'OIRPC et le Ontario Teachers Pension Fund ont gardé les titres de cette société dans leur portefeuille.

Un autre exemple des implications de l'OIRPC dans le commerce militarisé est ses investissements dans des entreprises canadiennes, américaines et françaises implantées en Birmanie. Le Canada, à l'instar des États-Unis et de l'Union européenne, reconnait que la junte militaire au pouvoir en Birmanie compte parmi les dictatures les plus brutales du monde. En effet, en mai 2005, les partis de l'opposition de la Chambre des communes ont unanimement adopté une motion non exécutoire recommandant que le Canada prolonge des sanctions sur le commerce et les investissements contre la Birmanie.

Il est donc étonnant de voir que le RPC possède des titres d'Unocal et de Total, deux entreprises, l'une américaine et l'autre française, participant à la construction du gazoduc qui relie la Birmanie à la Thaïlande. Sa construction a donné lieu à l'évacuation forcée de villages entiers, au travail forcé, à des actes de viol et à des exécutions sommaires aux mains des soldats birmans chargés d'assurer la protection du projet. Dernièrement, Unocal a accepté un arrangement à l'amiable avec des villageois birmans qui reclamaient, devant les tribunaux américains, des dommages-intérêts pour les exactions dont ils ont été victimes.

L'OIRPC est aussi actionnaire de l'entreprise canadienne Ivanhoe qui dirige la plus grande exploitation minière de Birmanie en partageant les profits moitié-moitié avec la junte au pouvoir. En dépit de la désapprobation officielle du Gouvernement, une société qui gère des fonds publics investit dans une entreprise minière qui rapporte des profits au régime militaire, renforçant ainsi la capacité de violence et de répression de la dictature.

On a bien tenté, à plusieurs reprises, de remettre en question le refus de l'OIRPC d'inclure des critères de responsabilité sociale dans son processus décisionnel. L'Office se défend en arguant que le Régime est énorme et que ses obligations de rendement sont trop restrictives pour qu'il puisse tenir compte de critères de non-investissement. Le président sortant et ancien chef de la direction de l'OIRPC a encore défendu l'Office face à une résolution de l'Association medicale canadienne lançant un appel pour que le RPC se départisse de ses titres dans le secteur du tabac. L'obligation de l'OIRPC, a-t-il dit, est de réaliser de bons rendements sur ses investissements; en outre, l'Office n'a pas l'intention de traiter les demandes de « groupes d'intérêts bien intentionnés ».

Une telle position est indéfendable étant donné que certains investissements ont cautionné de graves violations des droits de la personne. Ils sont certainement contraires aux valeurs que prônent la majorité des Canadiens et des Canadiennes et vont probablement à l'encontre d'une gestion respectant les responsabilités fiduciaires de l'OIRPC. En outre, il apparaît de plus en plus que les placements socialement responsables rapportent un meilleur rendement que les investissements qui ne tiennent pas compte des facteurs sociaux. Les placements socialement responsables deviennent monnaie courante dans le secteur privé aussi bien que dans les fonds de pension publics en Europe et au Québec.

Les Canadiens et les Canadiennes ont le droit, autant que la responsabilité, de veiller à ce que leurs cotisations au RPC ne servent pas à faciliter ou à encourager des actes qui aboutissent à la mutilation ou à la mort de personnes, au Canada ou ailleurs. Faute de quoi, nous sommes tous complices de ces crimes.

Le RPC investit dans l'armement

Selon des recherches effectuées par la Coalition to Oppose the Arms Trade (COAT), l'OIRPC a investi des milliards de dollars dans des entreprises militaires. Parmi les activités que les fonds du RPC subventionnent, notons la production de missiles sol-air et sol-sol, de missiles de croisière, de bombes à grappe, de missiles furtifs et de bombes à pénétration.

Origine : http://coat.openconcept.ca/cpp/

Le RRQ et l'investissement socialement responsable

L'année dernière, 3,6 millions de Québécois ont cotisé un montant supérieur à 8 milliards de dollars au Régime de rentes du Québec (RRQ). Le RRQ est géré par la Caisse de dépot et placement du Québec, l'un des investisseurs institutionnels les plus importants d'Amérique du Nord. En debut d'année, la Caisse a rendu publique sa nouvelle Politique sur l'investissement socialement responsable qui est d'ores et déja considérée par certains spécialistes en la matière comme l'une des politiques les plus progressistes en son genre au Canada.

Selon un analyste, les préoccupations exprimées par les citoyens, individuellement et collectivement, ont forcé la Caisse à repenser sa politique d'investissement. L'exercice a abouti à la rédaction d'une politique de placement socialement responsable nettement plus exigeante que celle du RPC. Par cette politique, la Caisse fait siens les principes de l'Organisation internationale du travail et s'engage à former ses gestionnaires à tenir compte des critères sociaux, éthiques et environnementaux dans leurs décisions d'investissement. Selon la nouvelle politique, la Caisse peut même se désinvestir d'une entreprise si le dialogue devenait « improductif et si le comportement social de l'entreprise se révélait insatisfaisant ».

C'est aux déposants, c'est-à-dire tous ceux qui cotisent au RRQ, d'être vigilants et de veiller à ce que la Caisse mette en oeuvre cette politique si progressiste.

Pour en savoir plus : http://www.cdpcapital.com/media/Politique_ISR_fr.pdf

Ce que vous pouvez faire :

Inter Pares

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Bulletin - Septembre 2005

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