Anatomie d'une programmation: comment nous travaillons

Inter Pares oeuvre avec des personnes vivant dans certains des pays connaissant les situations les plus difficiles et les plus compliquées du monde. Nous sommes témoins et compagnons de nos amis et collègues qui subissent les effets des conflits, de l'oppression et de la marginalisation. De par notre action, nous apprenons à comprendre les événements politiques et socio-économiques régionaux et internationaux ainsi que leurs conséquences locales. Ceci est possible grâce aux relations étroites et profondes que nous entretenons avec nos homologues. Ensemble, nous discutons, analysons et planifions. Nous agissons, menons des activités de plaidoyer, collectons des fonds, voyageons, écrivons, évaluons, apprenons et écoutons. Ces relations qui forment la base de nos programmes ressemblent à une toile d'araignée : à chaque noeud, là où les fils se croisent, émergent de nouvelles possibilités.

Au coeur de cette toile, se trouvent nos relations avec les organisations homologues. Bien qu'il s'agisse de rapports institutionnels, ce sont aussi des relations entre individus, des individus ayant créé des institutions fondées sur les valeurs de justice sociale que nous partageons, des individus intègres, courageux et généreux qui mènent des vies remarquables. Nous avons pour eux le plus grand respect qu'ils nous rendent bien d'ailleurs. Avec le respect viennent l'appui et la critique constructive. Ce sont des relations de réciprocité qui permettent un soutien mutuel sur les plans politique et programmatique.

La rencontre entre Birmanes et Guatémaltèques décrite dans ce Bulletin est l'aboutissement d'une collaboration de longue date avec le Burma Relief Centre en Thaïlande et Project Counselling Service en Amérique latine, deux régions dans lesquelles nous appuyons les efforts d'assistance aux réfugiés et aux déplacés.

L'impact de l'échange entre femmes birmanes et guatémaltèques démontre le type d'interaction que nous cherchons à développer par la toile de nos relations. Ces rencontres ont renforcé les liens de la Women's League of Burma avec ses membres, tout en consolidant les rapports d'Inter Pares avec les organisations de femmes rapatriées au Guatemala. Mieux encore, elles ont permis d'établir des relations entre ces différents groupes de telle sorte que les femmes ont pu bénéficier d'expériences et de connaissances qu'Inter Pares, seule, n'aurait jamais pu leur fournir. Faciliter la rencontre de ces organisations a étendu le champ de notre collaboration avec chacune d'elle. C'est un exemple de la « valeur ajoutée » singulière qu'Inter Pares apporte dans son action.

Inter Pares a déjà pu constater que les programmes les plus efficaces sont ceux qui sont fondés sur un engagement à long terme se traduisant par des consultations soutenues et régulières avec ses homologues, un partage des responsabilités et la volonté d'établir des programmes à partir de la base, selon une approche naturelle, ancrée dans la réalité et à portée continue.

Avec le temps, nous nous sommes aperçus des similarités entre, d'une part, l'expérience des Birmanes qui débattent de la question du retour dans leur pays à l'issue d'un règlement politique durable et, d'autre part, celle des Guatémaltèques qui ont déjà emprunté les chemins du retour du Mexique au Guatemala. Au fur et à mesure, les discussions avec les collègues birmanes et guatémaltèques ont évolué pour culminer dans l'échange décrit dans ce Bulletin. Cette initiative a pu se concrétiser grâce à notre méthodologie qui privilégie les débats et l'analyse collective de la programmation et qui est axée sur la qualité des relations avec nos homologues.

L'échange birmano-guatémaltèque a permis de créer un espace où les femmes ont pu mettre en commun les stratégies et conseils d'ordre politique, faire part de leurs émotions et partager leur vision d'un avenir juste. Ana, une des participantes du Guatemala, a dit que raconter son expérience était à la fois « douloureux et nécessaire ». Mais elle voulait parler parce que, dit-elle, « nous sommes restés au Mexique quinze ans. Nous avons appris et grandi. Il est important que d'autres puissent bénéficier de cette expérience chez eux, dans leur propre combat ».

Le fait que cette rencontre ait permis aux femmes d'évoquer de pénibles souvenirs est la manifestation de la confiance qui s'est développée durant tout le processus.

Entendre ces femmes mettre en commun leurs aspirations politiques et leurs histoires personnelles a été un privilège singulier. C'était très émouvant d'être témoin du courage de femmes qui, malgré les horreurs qu'elles ont traversées, font preuve de résistance, d'optimisme et de force et continuent de tirer les leçons de leurs expériences. Ces rencontres ont changé la vie de celles qui y ont participé, Birmanes, Guatémaltèques et Canadiennes. Quant à Inter Pares, cet échange nous a beaucoup appris; il a aussi renforcé notre expérience collective en matière de lutte pour la justice sociale, tant sur les plans pratique que spirituel, pour continuer de faire cause commune avec nos collègues partout dans le monde.

Le Guatemala

En 1954, un coup d'État militaire renverse le gouvernement démocratiquement élu du Guatemala. Les gouvernements militaires successifs lancent contre les rebelles une offensive armée qui durera jusqu'à la signature des Accords de 1996. Le Guatemala compte 23 groupes ethniques différents, dont 21 d'origine maya, qui représentent 60 pour cent d'une population totale de 12 millions d'habitants. En 1992, Rigoberta Menchú a obtenu le Prix Nobel de la Paix pour son action en faveur des droits de la population autochtone. Durant les quatre décennies de conflit armé, 200 000 personnes ont trouvé la mort, un million et demi d'autres ont été déplacées et 200 000 ont fui au Mexique parmi lesquelles seulement 46 000 ont obtenu le statut de réfugié. Des milliers d'autres se sont rendues dans les pays voisins voire plus loin. Sur le terrain, à travers son homologue, Project Counselling Service, Inter Pares a apporté son appui aux organisations de réfugiés au Mexique dès les années quatre-vingts et les a accompagné tout au long du processus de retour au Guatemala dans les années quatre-vingt-dix. Inter Pares continue de les aider à relever le défi de leur réintégration dans la société guatémaltèque.

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Bulletin - Septembre 2003

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