Militer contre la faim d’une génération à l’autre

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Moe Garahan et Cathleen Kneen.

À la fin des années soixante-dix, Inter Pares, en collaboration avec 125 organisations, a tenu des audiences populaires avec la population canadienne pour entendre ce qu’elle avait à dire sur notre système alimentaire. Plus de 5 000 personnes ont pris parole et partagé leurs difficultés à produire et consommer des aliments de qualité à prix abordable tout en exprimant leur vision pour le changement. Réfléchissant aux dernières trois décennies et se projetant vers l’avenir, deux collaboratrices d’Inter Pares, Cathleen Kneen, présidente de Sécurité alimentaire Canada, et Moe Garahan, coordonnatrice d’Alimentation juste, racontent leurs expériences et tirent les leçons de longues années de lutte et d’engagement.

Comment avez-vous commencé votre militantisme sur les questions alimentaires?

Cathleen : Ma prise de conscience politique a eu lieu à dix-huit ans lorsque je militais pour le désarmement nucléaire. C’était à la fin des années soixante; je suis alors tombée dans la soupe de la réflexion sur la justice sociale, le féminisme et le militantisme pacifiste. En 1971, ma famille s’était installée en Nouvelle-Écosse; quinze années de vie à la ferme ont fini par me donner un certain sens de la justice sociale fondée sur la pratique quotidienne de la culture vivrière. En fait, ce n’est que le jour où je suis partie que j’ai compris que le paradigme socio-économique qui dominait le secteur agricole puisait ses racines dans le même modèle patriarcal violent que je combattais par ailleurs. Ça a été une révélation!

Moe : Mon parcours a été particulier. Lorsque j’ai quitté le nord de l’Ontario pour poursuivre mes études universitaires en 1989, j’avais décidé de devenir végétarienne. Je me suis donc intéressée aux fondements théoriques qui étayaient cette démarche personnelle. Lorsque j’ai déménagé à Ottawa, j’ai travaillé dans une banque alimentaire d’urgence. J’ai été frappée par l’absence d’intérêt sociétal envers les causes de la pauvreté. Je me suis aussi aperçue que le régime alimentaire d’urgence avait été transformé en élément nécessaire et organique de notre filet de sécurité social. Avec un groupe de personnes, j’ai pris part à l’organisation de cuisines collectives, de jardins communautaires et de coopératives alimentaires. C’est par la suite qu’Alimentation juste a été créée. Mais c’est seulement lorsque j’ai planté ma première tomate, il y a des années, que j’ai commencé à comprendre la problématique de la production alimentaire. Avec la ferme que j’ai récemment acquise, aujourd’hui, je me lance dans ma première aventure agricole!

Selon vous, où en est la lutte pour reprendre en main notre alimentation?

Cathleen : La survie. C’est très dur de constater les dégâts que nous occasionnons. C’est douloureux. Pensons aux paysans qui se suicident parce qu’ils doivent céder les terres que leur famille possédait depuis des générations ou aux femmes qui servent à leurs enfants de l’eau chaude qu’elles salent et poivrent en prétendant que c’est une soupe parce qu’elles n’ont rien d’autre à leur offrir. Et ça se passe au Canada! Pensons aux terres désormais impropres à la culture vivrière ou aux poissons si toxiques qu’ils en deviennent immangeables. Il faut savoir montrer la réalité telle qu’elle est sans, toutefois se décourager et perdre le désir d’agir.

Moe : Et les aider à obtenir la nourriture d’une manière qui correspond à leur façon de voir. Je pense que c’est essentiel au développement d’un ordre alimentaire viable.

Comment envisagez-vous un ordre alimentaire viable au Canada?

Moe : S’il fallait faire une chose pour transformer l’ordre alimentaire actuel – et il y aurait beaucoup de choses à changer –, il faudrait commencer par payer le prix de la production alimentaire, c’est-à-dire de la force du travail, du coût environnemental et nutritionnel. Si on pouvait couvrir justement les coûts de la production alimentaire, on contribuerait grandement à transformer les structures politiques et économiques qui, au Canada, assurent la survie d’un système défavorable à tant de personnes. Cela veut aussi dire instaurer un système social qui fournirait une nourriture de qualité à celles et à ceux qui n’y ont pas accès au quotidien.

Comment envisagez-vous l’avenir?

Cathleen : Le Projet pour une politique populaire agroalimentaire a pris le relais de la Commission populaire sur l’alimentation. Son objectif est de s’allier aux groupes et aux organisations qui sont nés au cours des trente dernières années pour réduire les inégalités et les problèmes causés par l’ordre alimentaire actuel.

Moe : En tant que membre du comité du Projet pour une politique populaire agroalimentaire, j’aimerais faire la promotion de politiques qui favorisent la mise en place de régimes alimentaires viables. C’est avec enthousiasme que j’envisage l’avenir parce que c’est un projet qui touche plusieurs générations.

Pour lire l’intégralité de cet entretien, cliquer ici.
Nous voulons remercier la Fondation EJLB pour son soutien à ce travail.

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Avec le soutien de milliers de Canadiennes et de Canadiens, Inter Pares travaille au Canada et à travers le monde avec des organisations qui partagent l'analyse selon laquelle la pauvreté et l'injustice sont causées par les iniquités entre les nations et au sein de celles-ci. Inter Pares et ces organisations agissent en faveur de la paix et de la justice socio-économique dans leurs collectivités et leur société.


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