De l’insécurité à la souveraineté alimentaire

« Laxmamma est une paysanne extraordinaire. Elle connait tous les types de sols de la region et sait quelles cultures leur conviennent et quand et comment cultiver ces dernières. Elle nous a beaucoup appris ». Tel était le commentaire du Secrétaire de la Deccan Development Society (DDS), un homologue d’Inter Pares dans le sud de l’Inde. Laxmamma n’a pas d’instruction, appartient à la caste des dalits, autrement dit des « intouchables », et ne possède qu’un petit lopin de terre. À l’instar d’une vingtaine de paysannes pauvres, elle appartient au sangham, le collectif des femmes du village. Grâce à l’assistance de la DDS, elles ont repris en main la gestion de leurs terres, des semences et de leur alimentation et, dans une large mesure, les rênes de leur avenir. C’est un exemple éclatant de ce que l’on entend généralement par souveraineté alimentaire.

La DDS est active dans le Deccan, une région semi-aride, exposée à de graves sécheresses et l’une des plus pauvres de l’Inde. Les remarquables prouesses de la DDS en matière de souveraineté alimentaire sont le fruit d’une action menée auprès de plus de cinq mille femmes appartenant aux sanghams de soixante-quinze villages éparpillés dans la région. Au début des années quatre-vingt-dix, les paysannes ont recouru aux cultures intercalaires, à l’assolement et à la rotation pour enrichir leur production agricole par les cultures fourragères, de haricots et de légumes. Grâce à ces mesures et à d’autres méthodes de culture biologique, elles ont réussi à accroître le rendement de la céréale de base, le millet, sur leurs petits lopins. Mais, comme les étendues de terres arables en leur possession ne leur permettaient pas d’assurer une production annuelle suffisante, elles ont eu l’idée de récupérer des terres dégradées.

En réponse aux pressions exercées par les sanghams et la DDS, l’État a fini par accorder des prêts non renouvelables pour labourer la terre et y répandre le fumier recueilli localement pour en améliorer la fertilité. Les prêts ont été remboursés en nature, sous forme de semences déposées auprès du Fonds de semences communautaire géré par les paysannes. Elles ont ainsi gagné plus de quatre mille hectares de terres marginales et dégradées. Aujourd’hui, les sanghams récoltent, stockent et distribuent tant de denrées que l’approvisionnement est suffisant même en période de sécheresse et que l’intervention de l’État est désormais superflue.

Les paysannes ont pu réaliser la souveraineté alimentaire sans recourir aux nouvelles semences
« technologiques » mais en se servant des mêmes variétés qui ont été développées au cours des siècles en les adaptant aux conditions climatiques locales caractérisées par leur extrême variabilité. Ces variétés de semences ne nécessitent ni engrais ni pesticides chimiques. Grâce à l’agriculture biologique, des paysannes comme Laxmamma ne ressentent pas les efets de la flambée des prix des produits chimiques.

Dans le Deccan, les femmes sont les gardiennes des semences qu’elles récoltent dans les champs et qu’elles conservent, prêtent, empruntent et échangent. Conscientes qu’elles seront tôt ou tard touchées par les changements climatiques, elles envisagent l’avenir avec confiance parce qu’elles se sentent prêtes à l’affronter. Les semences qui ont été développées au fil des générations sont adaptées à une grande variété de conditions climatiques. Et, s’empresse d’ajouter Laxmamma, « nous serons heureuses de les partager ». Depuis le coton génétiquement modifié jusqu’aux cultures vivrières, l’État indien et les multinationales du secteur agroalimentaire ont fait une agressive campagne de promotion de semences nouvelles et onéreuses. Par le biais de la participation de la DDS à la coalition South Against Genetic Engineering (SAGE), qui bénéficie du soutien d’Inter Pares, elles refusent l’introduction de graines génétiquement modifiées se prémunissant ainsi contre la perte de maîtrise des semences.

Chaque année, en février, les femmes de la DDS décorent richement des grands chars à bœufs pour créer la
« caravane de la biodiversité » qui parcourt les routes du Deccan. Elles font le tour des villages pour y partager leurs connaissances sur les semences et les techniques agricoles avec d’autres paysannes et paysans, insistant sur l’importance de la biodiversité et de la maîtrise par les communautés paysannes de la terre et de l’agriculture. Grâce à une série de films que les femmes ont tournés, leur message a aussi atteint un auditoire international.

En dépit de la crise alimentaire mondiale, ces activités prennent de l’ampleur et couvrent des superficies de plus en plus étendues. Les populations villageoises avec qui la DDS est active bénéficient d’un approvisionnement alimentaire adéquat; la qualité nutritionnelle de leur alimentation s’est améliorée; la terre y est plus fertile et les rendements meilleurs. Ces progrès ne sont pas le fait des biotechnologies ou des engrais chimiques, mais le fruit d’une assistance apportée aux paysannes et aux paysans afin qu’ils maîtrisent à nouveau l’activité agricole et qu’ils réalisent la souveraineté alimentaire à l’échelle locale.

LES AGROCARBURANTS AU CRIBLE

LA RUEE VERS LES AGROCARBURANTS
  • Seulement 2 % des terres arables du monde sont consacrées aux agrocarburants; suivant l’adoption par plusieurs États de nouvelles normes sur la teneur en éthanol et en biodiesel, ce chiffre pourrait atteindre 12 % d’ici 2050.
  • Pour la récolte de 2007-8, 11 % de la production mondiale de maïs a été convertie en agrocarburants. Aux États-Unis, ce chiffre a atteint 25 %.
  • Selon un rapport de la Bibliothèque du Parlement préparé en 2007, la moitié des terres agricoles canadiennes consacrées à la production de maïs devront être dédiées à la production d’éthanol pour respecter les termes de la Loi.
  • Les investissements mondiaux dans les biocarburants sont passés de 5 milliards de dollars américains en 1995 à 38 milliards en 2005; on s’attend à ce qu’ils culminent à 100 milliards de dollars vers 2010.
ATTISER LA CRISE ALIMENTAIRE ET LES VIOLATIONS DES DROITS
  • Selon la Banque mondiale, les trois-quarts de l’accroissement du prix des denrées alimentaires sont dus à l’augmentation de la production d’agrocarburants aux États-Unis et au sein de l’Union européenne.
  • Les consommateurs canadiens devront payer près de 400 millions de dollars supplémentaires par an pour leur alimentation en raison de la politique favorable à la production d’éthanol.
  • Pour remplir le réservoir de 95 litres d’un VUS d’éthanol à base de maïs, il faut plus de 450 livres de maïs soit assez de calories pour nourrir une personne pendant un an.
  • En Asie et en Amérique latine, les grands projets de culture pour la production d’agrocarburants qui bénéficient de l’appui des autorités ont abouti à la destruction de villages entiers, à des déplacements forcés de populations et même à des assassinats.
Pour en savoir plus, visitier opens in a new browser windowwww.cban.ca/resources/topics/agrofuels (en anglais seulement)

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Révisé le 3 novembre 2008 haut Politique de publication
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