Reprendre en main notre alimentation

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Le sorghum, une des principales cultures au Mali.

VOLUME 30, NUMÉRO 3, NOVEMBRE 2008

En 2008, la crise alimentaire mondiale a atteint une acuité sans précédent. Dans plusieurs régions du monde, le prix des céréales a doublé voire triplé. Alors que les émeutes de la faim frappaient plusieurs continents, le Programme alimentaire mondial multipliait les appels désespérés aux gouvernements les priant de renforcer l’aide alimentaire pour nourrir 850 millions de personnes affamées.

Cette crise est due à un ensemble de facteurs : augmentation du prix du pétrole, spéculation boursière, popularité croissante des régimes alimentaires carnés, conversion massive des cultures vivrières au profit de la production d’éthanol et de biodiesel, fortes sécheresses et graves inondations. Il n’en fallait pas moins pour que les réserves alimentaires fondent comme neige au soleil. Mais ce n’est pas tout! Car la crise couvait depuis des décennies. Elle était aussi prévisible qu’évitable.

L’agriculture est depuis toujours une activité à risque; cependant, les paysannes et les paysans, les communautés agricoles et même certains pays ont développé des stratégies de gestion pour ces risques. Ces stratégies comprennent des réserves alimentaires publiques et la mise en place de conseils de gestion de l’offre. Ceux-ci sont des mécanismes de gestion collective de la nature et du volume de la production annuelle pour assurer la juste rémunération des agricultrices et des agriculteurs et un approvisionnement adéquat des marchés. La diversification des cultures et des variétés de cultivars a aussi représenté une stratégie importante. On notera que le respect de la biodiversité et de l’autonomie des populations agricoles ont été les piliers des régimes agricoles efficaces et appropriés.

Malheureusement, les tenants du néolibéralisme économique et de l’agriculture industrielle n’ont eu cure de ces politiques pourtant si sages. Autrefois autonomes, les paysannes et les paysans sont aujourd’hui les clients lourdement endettés des entreprises de produits chimiques; quant aux étendues agricoles saines et biologiquement diversifiées, elles ne sont plus que d’immenses déserts verts et toxiques. Des pays qui, autrefois, étaient des greniers à céréales sont maintenant aux prises avec l’insécurité alimentaire. En somme, nous avons perdu la maîtrise de la production alimentaire. Nous sommes désormais vulnérables, à la merci d’un modèle agricole qui nous mène inexorablement vers plus de famines et de dommages écologiques. Nous pouvons et devons changer de cap.

Cette année, nous célébrons le trentième anniversaire de la Commission populaire sur l’alimentation, un mouvement civil sans précédent qui a fait des adeptes dans tout le Canada. La Commission a été créée en 1978 alors que les prix du carburant et des denrées connaissaient une flambée semblable à celle d’aujourd’hui, acculant les paysannes et paysans à la faillite. Elle s’était alors rendue dans soixante-quinze communautés canadiennes, de Victoria, en Colombie-Britannique, à Nain, au Labrador, sensibilisant les Canadiennes et les Canadiens aux conséquences délétères des politiques alimentaires et agricoles. Pour changer les choses, la Commission a su favoriser l’apparition d’idées novatrices et susciter une vision nouvelle. Est ainsi née une génération de militantes et de militants qui s’intéressaient aux questions de l’alimentation et, dans son sillage, des initiatives ont pris forme pour un ordre alimentaire privilégiant la solidarité, la santé et l’équité.

Avec le temps, ces initiatives ont mûri et grandi; alliées à d’autres autour du monde, elles ont formé un mouvement pour la souveraineté alimentaire. Celui-ci prône des politiques qui favorisent l’agriculture écologique et la production locale axée sur les besoins des marchés locaux. Il se porte à la défense des fermes familiales et refuse l’idéologie permettant de traiter l’eau, les semences et les denrées alimentaires comme de simples biens commerciaux. La souveraineté alimentaire est devenue le cri de ralliement de la résistance qui propose également un modèle de rechange faisable.

Pour plusieurs, 2008 a été une année de crise; mais elle a aussi marqué un tournant. Force a été pour le monde entier de reconnaître que le temps du changement est maintenant arrivé. Le plus important, à l’heure actuelle, est d’avoir le courage d’examiner d’un regard critique nos comportements et nos modes de vie afin de devenir le changement auquel nous aspirons.

Ce dernier numéro du Bulletin pour l’année en cours est consacré à des personnes et à des organisations qui sont le fer de lance du combat pour se réapproprier notre alimentation et organiser notre agriculture, nos économies et nos sociétés de sorte à éliminer le spectre de la faim et permettre aux communautés et à la planète de s’épanouir.

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Bulletin - Novembre 2008

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Photo : George Kwasi Danso