À la défense de l'agriculture : Les voix du Sud se font entendre

En une journée glaciale du mois de mars dernier, plus de 500 personnes se sont retrouvées à Ottawa dans un espace public pour entendre huit paysans, chercheurs et militants environnementaux d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine raconter leur expérience des cultures vivrières génétiquement modifiées. La rencontre d'Ottawa était le point d'orgue d'une semaine riche en événements. Durant leur séjour, ces militants internationaux ont participé à des réunions publiques à Montréal, Saskatoon et Ottawa, rencontré des députés fédéraux, témoigné devant le Comité sénatorial permanent des affaires étrangères et consacré une journée entière à une table ronde avec plus de trente fonctionnaires fédéraux travaillant sur divers aspects des biotechnologies. Au cours de chaque réunion, ils ont demandé au Canada de s'abstenir de promouvoir les produits génétiquement modifiés dans les pays du Sud, en soulignant que la perte de maîtrise par les paysans des cultures traditionnelles et des variétés de semences porterait atteinte à la production alimentaire mondiale.

Le Canada est le troisième plus grand producteur d'aliments génétiquement modifiés. La majeure partie du maïs, du soja et du canola plantés au Canada est le résultat de manipulations transgéniques où les gènes d'une espèce sont introduits dans une autre espèce. Ainsi, le maïs Bt est le fruit du croisement du maïs et du bacille thuringiensis (Bt), créé pour résister aux nuisibles. Bien que les aliments génétiquement modifiés aient été déclarés sûrs par les autorités canadiennes, ils n'ont pas fait l'objet d'études approfondies quant à leurs effets sur la santé. C'est tout simplement que les biotechnologies sont trop nouvelles.

Les militants internationaux de l'agriculture sont particulièrement préoccupés par la promotion internationale des cultures vivrières génétiquement modifiées faite par le Canada. Avec les entreprises biotechnologiques, le gouvernement canadien organise des missions commerciales, des partenariats de recherche et des activités de renforcement des capacités qui font la promotion d'un cadre réglementaire semblable à celui qui existe au Canada et qui n'établit pas de distinction entre les produits génétiquement modifiés et autres formes « d'aliments nouveaux ». Dernièrement, le Canada s'est joint aux efforts des États-Unis et de l'Australie pour contrer, au sein de l'Organisation mondiale du commerce, un moratoire de fait imposé par l'Union européenne sur les aliments génétiquement modifiés et ayant reçu l'appui d'une vaste majorité de pays. Le Canada a aussi tenté de contrer un autre moratoire international sur les semences « Terminator » conçues pour empêcher les agriculteurs d'exploiter les semences d'une année à l'autre. Ces semences stériles sont extrêmement dangereuses parce qu'elles mettent les agriculteurs à la merci des multinationales qui les produisent.

Samamma et Narsamma, deux agricultrices indiennes qui ont pris la parole au cours des divers événements de la semaine, ont expliqué comment elles dépendaient de moins de deux hectares pour la nourriture, le combustible et le fourrage. Ces petites exploitations agricoles, à l'instar de millions d'autres dans les pays du Sud, sont autosuffisantes et couvrent les besoins alimentaires de base des agriculteurs et de leur famille tout en dégageant un léger excédent écoulé au marché. Samamma et Narsamma possèdent de solides connaissances en matière d'agriculture bio-diversifiée et sans produits chimiques, savent bonifier les sols et sélectionner les semences, les stocker et les régénérer d'une saison à l'autre.

La collecte des semences par des paysannes telles que Samamma et Narsamma constitue la base de la sécurité alimentaire mondiale et garantit la préservation de la diversité biologique par l'évolution continue des plantes dans différents environnements. Par contre, l'achat de semences manipulées génétiquement donne lieu à une augmentation des coûts et oblige le paysan à signer un contrat dans lequel il s'engage à ne pas garder de semences en vue de leur réutilisation à la saison prochaine. À terme, il en résulte une concentration et une privatisation de la production alimentaire, une des premières activités du genre humain.

Nos visiteurs internationaux ont aussi soulevé une autre préoccupation - celle de la contamination des cultures locales par les plantes génétiquement modifiées. Melina Hernández Sosa, une mexicaine zapotèque, s'est exprimée avec beaucoup d'éloquence sur la question. Des espèces américaines de maïs modifié, dont le maïs StarLink, ont contaminé les espèces endémiques mexicaines. Pour le Mexique, cette contamination est un sujet de préoccupation grave étant donné que le maïs StarLink, qui n'a pas été approuvé pour la consommation humaine, a contaminé la denrée de base de l'alimentation de la population mexicaine. En outre, le Mexique est un des hauts lieux mondiaux de la diversité biologique du maïs; il s'ensuit que toute perte de cette diversité biologique d'importance n'a pas de répercussions sur les seuls agriculteurs mexicains mais aussi sur le monde entier.

P.V. Satheesh, un militant indien, a fait part de son optimisme à la vue des centaines de personnes qui ont assisté aux rencontres publiques de Saskatoon, de Montréal et d'Ottawa. « Nous sommes très heureux de constater que les Canadiens se sentent touchés par ces questions et qu'ils appuient notre démarche. Nous avons aussi appris que les agriculteurs canadiens étaient confrontés aux mêmes problèmes. Nous devons continuer de travailler tous ensemble pour trouver des solutions ».

Les événements mentionnés ci-dessus ont été organisés par le Groupe de travail sur la politique du Canada concernant la biotechnologie agricole et les pays en développement. Il regroupe les Canadian Organic Growers, le Conseil des Canadiens, ETC Group, Inter Pares, The National Farmers Union, Polaris Institute, le Comité pour la justice sociale, l'Église Unie du Canada et USC Canada.

Ces activités ont bénéficié du soutien de l'Agence canadienne de développement international (ACDI) et du Centre de recherches pour le développement international (CRDI), à Ottawa.


Inter Pares

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Inter Pares travaille en collaboration avec des groupes du Tiers-Monde et au Canada à des projets qui visent à enrayer la pauvreté et à promouvoir la justice sociale. Organisme de charité enregistré (NE) 11897 1100 RR000 1.


La publication de ce Bulletin est subventionnée par l'Agence canadienne pour le développement international.

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