Likhaan : Pour reconstruire la communauté

Vivre dans les bidonvilles de Manille, aux Philippines, n'est pas toujours très gai. Les habitations sont construites avec des matériaux récupérés comme le plastique et le carton. L'accès aux services publics, y compris les soins de santé, est limité. Les taux de mortalité maternelle et infantile sont élevés. Les habitants ne sont pas propriétaires de leurs terrains; il arrive régulièrement que leurs abris soient détruits et qu'ils soient relogés de force loin de la ville. Les emplois sont rares et nombreux sont ceux qui vivent de la récupération de matériaux de rebut.

Et pourtant, ils forment de véritables communautés. Au moment où les économies agricoles s'effondrent, des communautés rurales entières se sont déplacées vers les bidonvilles en espérant trouver de quoi subsister. Une résidente explique : « Nous ne recevons aucune aide de l'État. Alors les voisins s'entraident ».

Likhaan, une organisation qui s'occupe de la santé des femmes, est active dans ces bidonvilles, renforçant les capacités internes des communautés. Likhaan a mis au point une approche de développement communautaire axée sur la santé primaire. Elle part du principe que l'état de santé est un facteur des conditions socio-économiques et qu'un programme de santé adapté doit permettre de prodiguer des soins de base; il faut aussi aider les femmes à affronter le chômage et les conditions environnementales et de logement déplorables ainsi que leur propre vulnérabilité. Likhaan aide donc les femmes à s'organiser et leur dispense une formation en matière de soins de santé. Elles parviennent alors à créer des associations qui s'intéressent au sort des membres les plus vulnérables de la communauté, à offrir des soins de santé primaire et à traiter de certaines conditions sociales propres à leur communauté. En outre, Likhaan inscrit ces associations dans le cadre d'activités de plaidoyer auprès de l'État sur des questions telles que la réforme urbaine, le développement, l'accès aux services publics, la santé et les droits de la personne.

Dr Sylvia Estrada-Claudio, membre fondatrice de Likhaan, résume ainsi l'action de l'organisation : « Dès qu'on se met à parler de développement, on s'engage dans une polémique sur la nature du développement et sur les objectifs recherchés. Quant à moi, je préfère réfléchir aux besoins des femmes dans une communauté. Demandez-leur ce qu'elles veulent. Elles vous diront qu'elles veulent un logement décent et être propriétaires de la terre sur laquelle leur maison est bâtie... qu'elles veulent pouvoir décider si elles auront des enfants et du nombre d'enfants qu'elles auront... qu'elle veulent pouvoir nourrir leurs enfants et leur assurer une éducation... qu'elles veulent un emploi. Elles veulent être respectées et voir leurs droits respectés. C'est tout simple... et c'est ce que j'entends par développement ».


Notre avenir collectif

Le développement économique non réglementé, en particulier celui qui est fondé sur l'exploitation des ressources naturelles, ne permet que rarement la réalisation du bien collectif. Bien souvent, c'est une poignée de gens qui en profite au détriment de la majorité.

Historiquement, il s'agit de l'expérience des communautés autochtones du monde entier. Leurs terres confisquées pour la construction de barrages hydroélectriques ou l'exploitation minière et pétrolière. Ces populations ont été chassées de leurs terres ancestrales. Rares sont celles qui ont profité du développement car les richesses créées loin des terres exploitées se retrouvent en des mains étrangères; la majorité a été appauvrie et divisée par les manipulations des États et des entreprises.

Mais ce n'est pas inévitable. Il y a deux ans, par une chaude journée d'été, quatre Premières Nations du nord de Thunder Bay, en Ontario, les Nations d'Eabametoong (Fort Hope), Neskantaga, Nibinamik et Wunnumin, ont signé un accord de coopération pour l'évaluation des risques et des avantages éventuels de l'exploitation du diamant sur leurs terres. Cet accord marquait un pas de plus vers une concertation véritable pour relever ensemble les défis des travaux de recherche et d'étude.

Un an plus tôt, une entreprise minière avait engagé des pourparlers séparés avec des représentants de chaque communauté pour faire valoir ses droits sur leurs terres. Ces derniers, ayant eu le sentiment que l'entreprise cherchait à les dresser les uns contre les autres, ont pris conscience de la nécessité d'en savoir plus pour éviter tout conflit susceptible de nuire à leur avenir collectif. Ils se sont donc adressés à Mines Alerte Canada (MiningWatch Canada- MWC), un homologue d'Inter Pares, et à la Nation Nishnawbe-Aski (NNA).

MWC et la NNA les ont invités à rencontrer des membres d'autres communautés touchées par les activités minières, dans le cadre d'une consultation pan-canadienne des chefs des communautés autochtones. Ils ont discuté avec des membres de la Première Nation Lutsel K'e qui a négocié des accords avec des entreprises d'exploitation diamantifère sur ses terres, près de Yellowknife. Ils ont appris qu'il existe des techniques d'exploitation moins néfastes pour l'environnement. Ils ont aussi appris qu'ils pouvaient avoir leur mot à dire sur la répartition des bénéfices au sein de la population.

Des représentants de la Nation Nibinamik ont ensuite organisé avec MWC une rencontre entre les membres de leur communauté et d'autres groupes autochtones et des chercheurs et des avocats ayant une expérience technique, juridique et de négociation. Les représentants communautaires ont appris qu'ils avaient le droit et le pouvoir d'exiger qu'on leur accorde le temps nécessaire à la conclusion des travaux de recherche et à l'organisation de consultations communautaires. Ils en ont profité pour définir des sujets de recherche et en discuter dans leur communauté.

Enrichis par l'expertise de MWC, les débats et les échanges se sont poursuivis. Dix-huit mois plus tard, des communautés des Premières Nations ont rejoint les rangs d'autres communautés autochtones et minières et des organisations syndicales et environnementales de l'Ontario pour créer le Ontario Mining Action Network. Celui-ci s'est maintenant intégré à un réseau pancanadien de personnes, de communautés et d'organisations soucieuses de partager leur expérience et leur expertise. MWC continuera de favoriser et d'enrichir ces réseaux d'entraide dont les décisions seront cruciales pour les générations à venir.

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