À qui profitent les richesses de la Birmanie?

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La Birmanie est une terre de contrastes avec ses forêts de teck, ses paysages montagneux, ses rizières fertiles et ses vallées verdoyantes. Doté de grandes richesses naturelles, c'est un pays qui se caractérise aussi par la diversité ethnique, linguistique et historique de sa population.

En dépit de cette abondance, la majorité des habitants sont appauvris. Les ressources naturelles du pays sont exploitées par la junte militaire au pouvoir. Non seulement les richesses ont-elles été pillées pour le seul bénéfice des militaires mais elles leur ont aussi permis d'équiper l'une des plus grandes armées d'Asie. Le pouvoir de la dictature se trouve renforcé par les partenariats avec des entreprises étrangères, y compris des entreprises canadiennes, qui fournissent l'expertise et la technologie nécessaires à l'exploitation des ressources qui sont exportées vers les pays voisins.

Les citoyens ordinaires ne bénéficient pas des profits générés par l'exploitation des ressources naturelles du pays. De nombreuses régions de la Birmanie, en particulier les zones frontalières, souffrent de l'absence de services de santé et d'éducation. Le développement industriel du pays coïncide dans une large mesure avec la militarisation de la société, le déplacement forcé des populations et les violations des droits de la personne. Près de 40 % du PIB est consacré aux dépenses militaires alors que l'État n'en alloue que 0,4 % à la santé et 0,5 % à l'éducation.

Au cours des dernières années, d'importants gisements de gaz naturel ont été découverts le long de la côte occidentale. Ces réserves, probablement les plus importantes de l'Asie du Sud-Est, pourraient rapporter à la junte militaire près de trois milliards de dollars par an. Un plan d'exploitation se prépare dans le cadre du projet Shwe Gas Development qui compte sur la participation de partenaires indiens et sud-coréens. L'Inde devrait être le plus gros acheteur. Il est probable que les gazoducs traversent les États de Chin et d'Arakan en Birmanie, le Bangladesh et la zone fortement militarisée du nord-est de l'Inde.

Les communautés qui seraient touchées par la construction du gazoduc sont fortement opposées à cette perspective. Les habitants des régions que le gazoduc devrait traverser n'ont pas été consultés. En l'absence d'élus, les pouvoirs publics ne sont pas tenus de rendre compte de leurs décisions. Quant aux médias qui subissent une censure sévère, ils se sont contentés de chanter les louanges du projet sans fournir la moindre information concrète. Enfin, on n'a procédé à aucune étude des impacts sociaux et environnementaux. Dans un pays où toute forme de dissidence donne lieu à une répression féroce, les opposants au projet s'expriment à leurs risques et périls.

C'est qu'on craint la répétition de l'expérience du gazoduc vers la Thaïlande. En effet, sa construction avait donné lieu à l'évacuation forcée de villages entiers, au travail forcé, à des actes de viol et à des exécutions sommaires aux mains des soldats birmans. Dernièrement, Unocal, un partenaire américain dans le projet de gazoduc, a accepté un arrangement à l'amiable avec des villageois birmans qui réclamaient, devant les tribunaux américains, des dommages-intérêts pour les exactions dont ils ont été victimes.

La région d'Arakan subit une présence militaire massive puisqu'on estime à 25 000 le nombre de soldats qui y sont déployés. Les craintes de répression sont fondées. Il s'agit aussi d'une région extrêmement pauvre où la population espère pouvoir bénéficier des retombées de l'exploitation des gisements gaziers. En effet, le réseau électrique est rudimentaire dans l'ouest de la Birmanie mais il y a fort à parier que le gaz sera exporté et ne servira pas à combler les besoins énergétiques du pays.

Les organisations de réfugiés et de déplacés birmans vivant le long des frontières occidentales de la Birmanie ont créé le Shwe Gas Pipeline Campaign Committee. Ce Comité recueille des informations sur le projet et les diffuse à l'intérieur, dans l'État de l'Arakan, et à l'extérieur, en Inde et au Bangladesh. Le Comité forme des alliances avec des militants environnementaux, étudiants et des droits de la personne en Inde, au Bangladesh et en Corée du Sud. Ils font campagne contre le projet.

Inter Pares appuie l'action du Comité qui réclame que le projet Shwe Gas soit réalisé de sorte que la population birmane en bénéficie. Il faut toutefois admettre que la population birmane n'aura le pouvoir de s'en assurer qu'après l'élection d'un gouvernement démocratique qui remplacerait le régime militaire actuel.

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Révisé le 13 juin 2005 haut Politique de publication
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