Women's League of Burma: Aux prises avec le continuum de la violence

Lorsque Tay Tay, coordonnatrice du programme sur la violence contre les femmes de la Women's League of Burma (WLB), est retournée, en septembre dernier, en Thaïlande, son pays d'exil, elle a assisté, comme nous tous, avec horreur, à la répression musclée de manifestations populaires non violentes en Birmanie. Depuis plus de quarante ans, la population birmane vit sous le joug d'une dictature militaire qui se sert de méthodes particulièrement brutales dans sa guerre contre les groupes ethniques du pays. Pour des milliers de paysannes, cela signifie subir les campagnes de violence sexuelle systématiques menées par l'État. Cela signifie aussi vivre avec la douleur et les traumatismes, en l'absence d'appui et d'accès à la justice.

Face à cette situation, les membres de l'organisation de Tay Tay qui chapeaute des groupes de femmes exilées de Birmanie ont documenté la prévalence de la violence sexuelle commanditée par l'État. Avec l'aide de courageuses survivantes qui osent s'exprimer, les membres de la WLB ont produit des rapports détaillés sur le recours systématique et stratégique du régime birman au viol comme arme de guerre. La junte a nié les faits de manière véhémente.

Grâce aux échanges communautaires et aux rencontres avec les femmes, la WLB crée des espaces sûrs permettant aux femmes de se sentir en confiance pour raconter leur vie dans les camps de réfugiés et les communautés de personnes migrantes. Pour la WLB, il est désormais évident que la violence, y compris sexuelle, ne se limite pas aux situations de conflit armé; elle se trouve au sein des foyers et des communautés où vivent les femmes. Traiter de la problématique de la violence à la maison, outre celle de l'État, est pour la WLB un défi de plus. Au cours de sa visite à Ottawa, Tay Tay faisait remarquer qu'il « est parfois plus facile de traiter l'État d'ennemi que de faire face à la violence du quotidien ». Mais, pour la WLB, il n'en demeure pas moins que, l'amélioration du sort des femmes passe par la nécessaire reconnaissance de l'existence de la violence sous tous ses aspects.

Inter Pares soutient les activités du programme de la violence contre les femmes de la WLB en Inde, en Chine et en Thaïlande parce qu'il leur permet de parler de cette violence. L'appui de la WLB aux victimes est concret puisqu'elle fournit services médicaux, réponse aux besoins de base, refuge, assistance psychologique et accès aux réseaux locaux d'aide juridique. Les programmes de formation de la WLB sont axés sur le conseil psychologique, le trafic des femmes et les approches féministes pour la documentation des violations des droits de la personne. La WLB poursuit ses recherches en matière de violences sexuelles comanditées par l'État en Birmanie.

L'exemple de la WLB est source d'inspirations ; il montre combien les efforts concertés des femmes leur permettent de faire face à la violence qui les atteint partout dans le monde.

Promouvoir les droits des femmes au Soudan

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Toile réalisée par un artiste soudanais dans le cadre d’une exposition sur la violence contre les femmes..

Lorsqu'Asha El-Karib et Fahima Hashim sont rentrées à Khartoum après leur visite au Canada en septembre, elles ont replongé dans le dur quotidien des femmes au Soudan, ce pays où l'inégalité entre les sexes déjà fortement répandue a été exacerbée par des décennies de conflits et la militarisation de la vie politique. Mais, riches de leurs rencontres avec leurs collègues d'Inter Pares d'Asie, d'Afrique, d'Amérique latine et du Canada, elles ont aussi retrouvé les personnes avec qui elles oeuvrent à créer un mouvement pour confronter cette réalité.

Asha et Fahima ne cessent de contester le statut de citoyenne de seconde classe réservé aux femmes du Soudan. Leur expérience canadienne les a emplies d'énergie et leur a donné la force de faire face à l'opinion répandue selon laquelle la violence contre les femmes et la violence sexuelle, en particulier, ne sont pas courantes au Soudan.

À travers le monde, la dénonciation du recours systématique au viol comme arme de guerre au Darfour a contribué à renforcer les pressions exercées sur le gouvernement soudanais et sur la communauté internationale pour qu'ils s'attaquent au problème. Malgré tout, les organisations de femmes soudanaises qui s'attachent à panser les plaies des communautés déchirées par les affrontements armés sont aux prises avec d'énormes obstacles. Leur travail est particulièrement difficile lorsqu'elles tentent de venir en aide aux femmes touchées par la violence sexuelle dans les camps autour de Khartoum ou dans d'autres régions du pays où les conflits perdurent.

Pour elles, promouvoir les droits des femmes et l'égalité des sexes sert à remettre en question l'ordre social actuel du pays. La sexualité est un sujet tabou. Les femmes et les filles ne peuvent donc s'interroger sur la manière dont la société les réduit au rang d'objet sexuel, encore moins la contester. Des poèmes et des chansons populaires renforcent la perception des femmes et des filles comme étant la propriété de leur père, de leur frère ou de leur mari. La distinction entre viol et rapport sexuel est si ténue dans l'interprétation soudanaise de la loi islamique que les femmes qui osent dire qu'elles ont été violées sont poursuivies pour adultère. Mais Asha, Fahima et leurs collègues s'entendent pour considérer que la violence sexuelle contre les femmes et les filles, y compris le recours systématique au viol, le mariage forcé à un jeune âge, la violence conjugale et la mutilation génitale des filles, n'est pas irrémédiable. Avec le temps, les pratiques culturelles au Soudan ont changé et peuvent encore le faire.

L'organisation à laquelle appartient Asha, le Gender Centre for Research and Training, et celle de Fahima, le Salmmah Women's Resource Centre, se sont jointes à d'autres organisations soudanaises pour rompre le silence qui entoure la violence contre les femmes. En dépit des risques encourus, elles dénoncent la situation des femmes en produisant des documentaires et publiant des articles dans les médias nationaux et internationaux. Avec des femmes leaders du Darfour et d'autres régions du pays, elles oeuvrent pour que leurs préoccupations et leurs voix soient entendues dans les négociations de paix.

Pour Inter Pares, c'est un honneur de collaborer avec Fahima, Asha et tant d'autres militantes et militants du Soudan qui ont le courage de s'exprimer pour transformer leur pays et leur société.

Pour entendre une entrevue radiodiffusée d'Asha El-Karib sur les défis des militantes au Soudan, cliquer ici.

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