Investir en Colombie, investissements ensanglantés

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Le peuple autochtone Barí protégeant ses terres face à l'exploration et au forage d'une compagnie pétrolière.

Bien que la Colombie soit riche, une grande partie de sa population est très pauvre. Ici, comme dans bien d'autres pays, la richesse a été arrachée aux personnes les plus démunies.

Aux vastes étendues de terres agricoles fertiles, s'ajoutent l'industrie du bois d'oeuvre, les gisements de pétrole, de gaz naturel, de charbon, d'émeraudes et de métaux précieux dont l'un des plus gros gisements aurifères du monde. Il suffit de marquer sur une carte l'emplacement de ces gisements, des puits de pétrole et des meilleures terres agricoles pour tracer le périmètre des zones qui ont été le théâtre des plus grandes violences et d'où la majeure partie de la population a été contrainte de fuir pour avoir la vie sauve.

Ceci n'est pas une coïncidence.

Plus que partout ailleurs, il ne fait pas bon être syndicaliste en Colombie. Plus de deux mille d'entre eux ont été tués au cours de la décennie écoulée pour avoir réclamé des augmentations de salaire ou des conditions de travail sûres.

Cela non plus n'est pas une coïncidence.

La guerre en Colombie en est une pour le contrôle des ressources naturelles menée par les gens qui tirent profit de ces ressources. En dix ans, l'appauvrissement des campagnes s'est accompagné d'une concentration foncière accrue puisque 0,6 % de la population détient aujourd'hui 61 % des terres agricoles.

Les forces paramilitaires, largement responsables des déplacements de population et des assassinats de syndicalistes, jouent un rôle central dans la culture du coca et le trafic de stupéfiants. Le vérificateur général de la Colombie constate que les narcotrafiquants et les paramilitaires « possèdent » aujourd'hui près de la moitié des terres agricoles du pays. Ils seraient aussi propriétaires d'une part non négligeable de terres non agricoles. En plus d'avoir le contrôle sur le crime organisé, les paramilitaires auraient aussi des intérêts dans des pans importants de l'économie légitime comme l'extraction et le commerce d'émeraudes et certaines zones de production aurifère et pétrolière.

Les entreprises canadiennes sont d'importants investisseurs, en particulier, dans les secteurs pétrolier, gazier et minier du pays. Dans de nombreuses régions, l'exploration et le développement miniers signifient inévitablement traiter avec les organismes paramilitaires qui ne sont, en réalité, que des émanations du crime organisé. Les paramilitaires, et par extension ceux qui traitent avec eux, profitent des crimes horribles qui ont été commis tout en contribuant à réduire les chances de retour de celles et ceux qui ont été dépossédés de leurs terres.

Les personnes déplacées et les autres victimes de la violence s'organisent en associations pour pousser l'État colombien à lancer un véritable processus pour faire la lumière sur les crimes de guerre, mettre un terme à l'impunité et offrir aux victimes des réparations qui incluraient la restitution des terres dont elles ont été spoliées. Au Canada, nous devons veiller à ne pas tirer avantage des crimes perpétrés et éviter que nos intérêts mercantiles se transforment en obstacles à la quête de justice et de réparation des victimes colombiennes.

Inter Pares est membre fondateur du Réseau canadien sur la reddition de comptes des entreprises (RCRCE) qui demande au Parlement d'adopter une loi sur la reddition de comptes des entreprises canadiennes et de leurs administrateurs lorsque la preuve est faite de leur participation à des violations des droits de la personnes dans le cadre de leurs activités à l'étranger.

Pour en savoir plus sur le RCRCE, visitez le ouvre dans une nouvelle fenêtre de navigateur www.halifaxinitiative.org/index.php/CNCA_Endorsements.

Ce qu'on en dit :

Une paix relative règne en Colombie depuis que 30 000 paramilitaires ont rendu les armes dans le cadre de la campagne fédérale de démobilisation.

Ce que nous y voyons :

Selon Amnistie Internationale, les paramilitaires ont gardé la main mise absolue sur le pouvoir socio-économique et politique dans de nombreuses parties du pays, y compris dans les secteurs de la santé, de l'éducation, des travaux publics, de la sécurité privée, des ports et du transport maritime et fluvial, ainsi que dans des secteurs d'activités criminelles telles que la prostitution, l'extorsion et le jeu². Pour trois paramilitaires démobilisés, l'État n'a ramassé qu'un seul fusil³ quant aux structures politiques et économiques des forces paramilitaires, elles n'ont pas été démantelées. Au cours des six derniers mois, cinq homologues colombiens d'Inter Pares ont reçu des menaces de mort de groupes se présentant comme les « nouveaux paramilitaires ».

² Colombie. Paramilitaires de Medellín : démobilisation ou légalisation? Amnistie Internationale, septembre 2005.
³ A quick look at the last OAS report on the AUC demobilization, Center for International Policy, 2006. (ouvre dans une nouvelle fenêtre de navigateur http://www.ciponline.org/colombia/blog/archives/000318.htm)

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