Droits, liberté et état de droit
VOLUME 27, NUMERO 1, FÉVRIER 2005
![]() Asha El-Karib lors d'une visite au camp de réfugiés El Salaam, le Soudan |
Camp El Salaam. Près de 120 000 personnes vivent dans cette zone aride et désolée, à proximité des faubourgs d'Omdurman, près de Khartoum, la capitale du Soudan. Il n'y a pas de routes, pas d'arbres, pas d'eau. Rien que des habitations en briques crues ou, pour les moins « chanceux » en carton et en plastique.
La majorité de la population est constituée de femmes et d'enfants appartenant à divers groupes ethniques comme les Dinka, les Nouer, les Nouba, les Shilluk et les Zandi. Ils ont fui la guerre, la violence, la sécheresse et la faim. Plusieurs vivent dans ce camp depuis dix ans ou plus. Les organisations humanitaires fournissent eau, nourriture et biens de première nécessité. Mais le camp relève des autorités gouvernementales, celles-là même qui ont contribué aux conflits ayant engendré cet état de choses.
À notre arrivée, nous sommes accueillis par de la musique, des danses et le traditionnel café nubien. Dans la chaleur de midi, les différences s'estompent dans ces manifestations de partage et d'espoir. Aziza, originaire des monts Nouba, décrit le rêve commun des habitants et habitantes du camp : « Nous voulons vivre en paix, sans conflits ethniques, comme un seul peuple ».
Au Soudan aujourd'hui, les droits civils sont plus une aspiration qu'une réalité. C'est encore plus vrai pour les droits des femmes. Mais il n'en a pas toujours été ainsi. Jusqu'à la fin des années soixante-dix, le mouvement des femmes soudanaises était fort et dynamique. Elles avaient la possibilité de poursuivre des études supérieures et de prendre une part active dans la vie sociopolitique du pays. La situation a brutalement changé au début des années quatre-vingts avec l'imposition de la sharia par le régime militaire. Puis, en 1989, le gouvernement actuel a pris le pouvoir, détruit ses rivaux politiques et réduit le mouvement de femmes à la clandestinité.
Depuis, la situation n'a cessé de se détériorer. Les femmes éduquées qui occupaient des postes élevés dans les institutions publiques ont été contraintes de démissionner ou bien se sont vu rétrograder à des postes inférieurs. Pour sortir du pays, les femmes doivent désormais obtenir la permission de leur « gardien », mari, père, frère ou même fils. Le gouvernement consolide son emprise sur elles en leur imposant un code vestimentaire strict, en n'adoptant pas de politiques pour traiter des pratiques répandues telles que la mutilation des organes génitaux féminins ou le mariage précoce des filles, souvent dès l'âge de dix ans. La guerre qui oppose le Nord et le Sud du pays s'éternise tandis que d'autres conflits ont éclaté ailleurs, en particulier dans la province occidentale du Darfour. Les gens sont tués ou forcés au déplacement. Les femmes et les filles sont violées. Elles se retrouvent bien souvent seules pour assumer la responsabilité de leur famille et reconstruire leur communauté.
En dépit de cette sombre situation, les Soudanaises sont mues par le souvenir du passé et par le désir de résistance. En un sens, elles se cachent en plein jour. Drapées dans leurs torhas colorées, les militantes des groupes de femmes, au nombre desquels se trouvent les homologues d'Inter Pares, s'activent pour changer la société. Elles veulent que les femmes deviennent des citoyennes dynamiques, participant pleinement à la vie culturelle et sociopolitique du pays. Courageuses et déterminées, elles défient tous les intégrismes, religieux, culturels et sociaux. Fièrement, elles défendent les droits de la personne et font la promotion des droits des femmes. Aujourd'hui, le mouvement des femmes est au coeur de la société civile soudanaise qui s'attache à faire triompher les idéaux de la démocratie, de la justice et de la paix pour tous.
Inter Pares appuie les luttes que mènent les gens pour faire prévaloir leurs droits, leurs libertés et l'état de droit dans de nombreuses régions du monde. Leur action vise un objectif universel : l'égalité des chances et la dignité pour tous. Nous sommes convaincus que chaque personne a le droit d'exister. Chaque personne, chaque communauté a droit à la vie, à une vie de qualité, digne et décente, et le droit de s'épanouir pleinement. Ce droit à la vie comprend, avant tout, le droit de ne pas être tué par l'État ou par ses agents armés. C'est aussi le droit d'être libre, de jouir des avantages de la citoyenneté, de prendre entièrement part à la vie d'une société libre et égalitaire, de résister à l'oppression et de promouvoir la justice. Dans cette édition du Bulletin, nous vous présentons un aperçu de ces luttes des peuples pour réaliser leurs droits et exercer leurs libertés fondamentales.
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