En marge de la ville
Clinique de santé de Likhaan, Apelo Cruz, Manille.
Dans le bidonville d’Apelo Cruz à Manille, la plupart des personnes vous diront qu’elles viennent d’ailleurs, souvent d’un petit village ou d’une autre île des Philippines. Elles y ont toujours de la famille, mais il n’y avait pas assez de terres pour gagner sa vie. Alors elles sont venues à la ville pour trouver du travail.
Elles y trouveront peut-être du travail, mais sans doute pas un accès sûr à la terre.
Minuscules, les maisons d’Apelo Cruz se pressent le long d’un canal plein de déchets. Mais les familles font de leur mieux pour embellir l’endroit où elles vivent : des fleurs en pot trônent fièrement au seuil des maisons et des affiches cachent les défauts des murs de fortune. Elles ont bâti là où il y avait un terrain vacant et là où personne ne les forçait à partir. Mais les familles doivent se battre pour obtenir l’électricité et l’accès à l’eau et aux services sanitaires : la ville prétend qu’elles ne sont pas des résidents autorisés.
Comme le confie une résidente à un employé d’Inter Pares, « Le gouvernement dit qu’il ne faut pas vivre ici parce que la terre n’est pas à nous et qu’il y a des inondations. Mais nous avons bâti nos maisons ici – ce n’est pas grand-chose, mais c’est mieux que rien… » Observant les enfants qui jouent dans la ruelle, elle ajoute : « Et c’est ici que nous avons élevé notre famille. C’est ici que nous travaillons. Où sommes-nous censés aller? »
L’homologue d’Inter Pares Likhaan travaille depuis des années avec les femmes d’Apelo Cruz, ayant créé l’Apelo Women’s Health Association pour traiter des enjeux relatifs à la santé génésique et communautaire. Les femmes confirment qu’avec des titres de propriété, elles n’auraient pas toujours peur d’être expulsées; elles pourraient investir dans la construction de maisons permanentes de meilleure qualité – plus sécuritaires – tout en améliorant la santé de la famille et les conditions sanitaires. C’est fondamental d’être logé décemment et la propriété des terres est un élément crucial de la capacité d’investir dans son logement.
Avec l’aide de Likhaan, les femmes du quartier ont organisé la majorité de la communauté et créé l’Apelo Cruz Neighborhood Association (ACNA) dans le but d’acheter les terres de riches propriétaires absents. Mais quand vint le temps de s’enregistrer pour acheter la terre, l’ACNA se buta à une nouvelle réglementation qui interdit l’enregistrement officiel de plus d’une association de quartier par communauté. L’ACNA découvrit qu’une association de logement religieuse – dotée de contacts influents, mais ne représentant que 10 % des
résidents – était déjà enregistrée. Et cette association tentait maintenant d’imposer un couvre-feu et de limiter l’éducation sexuelle et la planification des naissances dans la communauté, conformément à ses convictions.
Tout récemment, les deux associations de quartier ont fusionné en adoptant, suivant les conseils de Likhaan, une structure démocratique assurant aux membres de l’ACNA une majorité des votes. Les familles peuvent maintenant acheter leur terre de manière à assurer la sécurité de leur avenir et de l’endroit où elles vivent.
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| Révisé le 1 juin 2010 | Politique de publication | |


