La terre où nous vivons

Une village rurale, Negros, Philippines

Village rural, Negros, Philippines.

VOLUME 32, NUMÉRO 2, JUIN 2010

Quand Inter Pares a commencé à travailler aux Philippines il y a vingt-trois ans, la plus grande partie de l’île de Negros était occupée par des plantations de canne à sucre détenues par une poignée de familles extrêmement riches. Maintenus dans la pauvreté, les travailleurs des plantations et leur famille vivaient, travaillaient et mouraient sous un régime féodal inchangé depuis les hacenderos espagnols du XIXe siècle.

Au milieu des années 1980, le prix du sucre s’est effondré. La production a cessé, femmes et hommes ont perdu leur travail et ce fut la famine. Dans un effort désespéré pour nourrir leur famille, les travailleuses et les travailleurs se mobilisèrent pour exiger l’accès aux plantations afin d’y implanter des cultures vivrières.

En 1988, à la suite de la mobilisation des paysannes, paysans et travailleurs agricoles de tout l’archipel des Philippines, le gouvernement national adopta des réformes afin de céder légalement à de petits agriculteurs une partie des terres de gros propriétaires fonciers. La réforme permit à des milliers de personnes, d’associations d’agricultrices et d’agriculteurs à petite échelle et de coopératives agricoles d’acquérir des terres pour nourrir leurs familles, mais les grands propriétaires utilisent toujours la violence et les tribunaux pour préserver leur richesse et leurs privilèges.

Partout où travaille Inter Pares, un élément central est l’incertitude des gens quant à leur avenir sur la terre où ils vivent.

Partout où travaille Inter Pares, un élément central est l’incertitude des gens quant à leur avenir sur la terre où ils vivent.

Nous sommes témoins des pratiques minières irresponsables qui contaminent la terre et l’eau dont dépendent les communautés rurales au Pérou, au Mexique, en Colombie et dans le Nord canadien, ainsi que dans plusieurs régions d’Afrique. L’huile de palme, le jatropha et la canne à sucre cultivés comme biocarburant remplacent la production vivrière sur d’immenses étendues dans plusieurs pays – Birmanie, Malaisie, Colombie, Mexique et Philippines. En Inde et au Bangladesh, les fermiers sont chassés des zones côtières par l’aquaculture industrielle. Les petits producteurs d’Amérique centrale se font prendre leurs terres par des sociétés qui exportent des fleurs aux É.-U. et au Canada.

Ces populations déplacées migrent en bonne partie vers les villes et les grandes capitales. En 2005, la moitié de la population mondiale vivait en zone urbaine et un milliard de personnes, soit le sixième de la population mondiale, vivent maintenant dans des bidonvilles sur des terres qui ne leur appartiennent pas. Dans ces peuplements précaires, souvent illégaux, les résidents luttent pour l’utilisation équitable de la terre afin de se loger et obtenir des services essentiels.

Pendant ce temps-là, l’autre moitié de la population mondiale continue de vivre en zone rurale. Bien que les moyens d’existence de la plupart des communautés rurales reposent sur l’agriculture, elles ont du mal à rester sur leurs terres et à les gérer de façon responsable en raison de la prise de contrôle croissante de celles-ci par de grandes sociétés, et des conflits armés liés aux intérêts économiques.

Cela peut laisser croire que la lutte pour la terre et la justice est perdue d’avance. Mais chaque jour, il se crée de nouvelles réalités partout dans le monde. Inter Pares a le privilège d’appuyer et de travailler avec des gens qui, à l’instar des communautés paysannes philippines de la génération précédente, décident d’agir et de faire cause commune pour résister aux déplacements, accéder à la terre et à l’eau, acquérir les titres de propriété de l’endroit où ils vivent – et de presser gouvernements, grandes sociétés et élites fortunées de rendre compte de leurs actes de façon démocratique.

Ce Bulletin donne des exemples de la façon dont Inter Pares et nos homologues essaient de contrer le déplacement des populations des terres où elles vivent et de promouvoir des politiques visant à soutenir les moyens d’existence en milieu rural et les communautés en milieu urbain.

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Photo : George Kwasi Danso